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Olivia ROSENTHAL

Éloge des bâtards



Par où prendre le dernier livre d’Olivia Rosenthal ? On aurait envie de tout retenir, de tout citer car tout a le même intérêt. Tout c’est-à-dire les thèmes abordés et la façon de les aborder – le fond et la forme.

La forme est un peu celle des Mille et une nuits à ceci près qu’il y a ici cinq nuits et que personne ne doit mourir. Encore que… La mort de l’individu, du « je » est peut-être proche et il y a urgence à se raconter. Les personnages d’Éloge des bâtards se racontent donc tour à tour dans le petit groupe qu’ils forment, faisant l’expérience du pouvoir de la parole, un pouvoir libérateur et par-dessus tout créateur.

Le fond, lui, est multiple. Il aborde (dénonce serait plus juste) aussi bien nos villes rendues anonymes que nos passés trop lourds, ces origines qui polluent les présents, ces transmissions qui voudraient faire de chaque vie soit la suite logique de celle qui l’a précédée. Mais vivre est un entre-deux. S’il s’agit de réintroduire du vieux monde dans un modernisme urbain qui brise tout lien social, il s’agit aussi de ne pas plier sous ce vieux monde, ne pas consentir à ce qu’il écrive les destinées.

L’entre-deux est l’émancipation. Et cela passe par l’action autant que par la reconquête intime de soi : il faut se connaître pour abandonner les rênes du passé, pour affirmer une identité et avoir le courage de se dire solitaire… de s’affirmer bâtard et d’en faire une gloire. Car le bâtard est fort, le bâtard est libre, le bâtard est indestructible, voici ce que nous apprend Olivia Rosenthal et c’est bon en un temps où chacun semble vouloir se retrancher dans le carcan du d’où je viens.

Ce faisant, elle poursuit avec brio son travail sur l’autobiographique, montrant de livre en livre combien le genre est vaste et contemporain. Elle démontre par là-même qu’il est aussi riche que la fiction, d’autant que les deux, souvent, se mêlent. Qu’est-ce qu’un roman en effet ? En quoi se distingue-t-il ou se rapproche-t-il d’un récit de vie ? Olivia Rosenthal semble constamment nous poser cette question et Éloge des bâtards y répond à sa façon. Ce qui unirait les deux genres serait l’invention. Le roman invente des vies et les vies s’inventent. Ici, nous avons les deux et bien malin qui pourrait démêler le vrai du faux.

Un livre, un texte, un véritable ouvrage singulier, tel est Éloge des bâtards. Un livre transgressif, osé comme l’est son titre. Parfois souriant, parfois inquiet, il ne peut laisser indifférent. Retenons en tout cas son message de fin : on n’en a pas fini avec l’avenir.

Isabelle Rossignol 
(18/09/19)    



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Lectures







Olivia  ROSENTHAL, Éloge des bâtards
Verticales

(Août 2019)
336 pages 20






Olivia Rosenthal,
a publié une douzaine de romans et obtenu plusieurs prix littéraires dont le
Prix du Livre Inter 2011.



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