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Hélène VEYSSIER


Jardin d’été


On dit que le deuil, par son travail
progressif, efface lentement la douleur :
je ne pouvais, je ne puis le croire ; car, pour
moi, le temps élimine l’émotion de la perte
(je ne pleure pas), c’est tout. Pour le reste,
tout est resté immobile.

Roland Barthes, La Chambre claire
(Exergue du roman)

« J’étais fier, je me regarde maintenant, moi, Jean Boisset, mes trente ans allongés sur un divan et je sais, ce n’est pas si loin, que le bonheur évoqué à mots choisis pour cette amie imaginaire, ces fruits, ce grand-père, ce jardin cachait. Il faut un jardin pour cacher, il faut de la végétation, des plantes, de la mousse, des groseilliers, oui du vert profond, pour enfouir au fond. Le chagrin. »
Jean, le personnage principal en ce moment narrateur, allongé probablement sur le divan d’un psychanalyste, parle d’un Eden perdu, de son jardin secret, imaginaire mais aussi bien réel, celui de son grand-père.
« C’était en été, l’été 1976. Mon grand-père vivait à Gémenos, un joli village dans le midi, non loin d’Aubagne […] Il y avait un dîner, une fête dans une autre maison. J’ai dit chez des amis, ce n’étaient pas vraiment des amis, disons plutôt des voisins, des Parisiens qui avait loué […] Ce soir-là ma mère s’était enfuie avec un homme, le père de la petite, un ami de ceux qui nous avaient reçus. » Jean avait cinq ans.

Jean, comme foudroyé, en arrêt sur cette image, ne sait que ça, la fuite, la disparition de sa mère dans une fête un soir d’été, prisonnier de ce traumatisme. Tout d’abord des explications sur cette fuite d’Anne, la mère de Jean, le lecteur l’apprend par les voix de Laure, Antonia et Françoise, toutes trois à des titres différents présentes à la fête ce soir-là. C’est un joli relais de narrations qui fait progresser subtilement le lecteur alors que l’histoire et surtout celle de Jean s’est figée à cette soirée. « Tout est resté immobile » mais ça bouge quand même, ça avance.

Jean grandit, devient médecin, mais il est resté à la scène de l’abandon et recherche la petite fille au chien blanc dont le père est parti avec sa mère, son double inversé.  Le journal de l’amie apporte un nouvel éclairage sur la mère, Anne, achève une sorte de portrait de celle-ci en éclairant un peu plus son départ.

Il y a comme un heurt entre la violence de la disparition vécue par Jean et la longue quête de celui-ci jusqu’à de subtils dévoilements, et en quelque sorte sa lente reconstruction. Il y a une grande intensité tout en douceur dans ce premier roman.

Michel Lansade 
(11/09/19)    



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Lectures










Hélène VEYSSIER, Jardin d’été
Arléa

(Août 2019)
120 pages - 17








Hélène Veyssier
vit à Paris. Elle a enseigné
les langues étrangères appliquées à l’université Paris Diderot.  Jardin d’été est son premier roman.