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Nicolas ZEIMET


Les enfants de Lazare


Un prologue nous fait assister à une scène étrange. Au Cambodge, un petit garçon de huit ans décédé revient à la vie pendant ses funérailles avant d’être déclaré mort une seconde fois quelques minutes plus tard. Ce thème de la résurrection momentanée et de l’expérience de mort imminente est au cœur de ce roman aussi passionnant qu’émouvant où nous suivons, jusque dans les rizières et les forêts du Cambodge, un journaliste déterminé à trouver le lien qui pourrait exister entre le suicide d’une jeune femme à Paris et la mort du petit garçon cambodgien. Son enquête ne sera pas du goût de certains médecins qui vont tout faire pour l’empêcher d’aboutir.

Pierre Sanak travaille à France 3. En réunion de rédaction, le mardi matin, il fait état de cette étrange résurrection qui s’est produite le samedi précédent au Cambodge mais l’info ne passionne pas la rédactrice en chef et un autre événement vient monopoliser toute l’attention : une jeune femme s’est suicidée en se jetant du premier étage de la tour Eiffel.
À peine arrivé sur les lieux, le journaliste reconnaît la victime : Agathe.

Flash-back. C’est le dimanche précédent qu’il l’a rencontrée alors que son linge tournait dans une machine de la laverie automatique.
« Petite, le teint cuivré, de grands yeux ovales que ses pommettes hautes rendaient presque bridés, des lèvres charnues. Et ses cheveux : noirs et légèrement ondulés, rasés sur tout un côté de la tête, avec une mèche bleu cyan qui lui fendait le front.
— Je m'appelle Agathe, avait-elle annoncé avant de s'asseoir sur une machine. Je suis la chanteuse des laveries, et je suis là pour vous divertir. »
Ils vont se revoir, bavarder, communiquer par sms, elle va lui parler d’expériences de mort imminente, lui révéler qu’elle a été adoptée à l’âge de quatre ans par une famille française dans un orphelinat du Cambodge…

Bouleversé par le suicide d’Agathe, Pierre renoue avec ses réflexes de journaliste d’investigation et se lance dans une enquête sur les orphelinats du Cambodge, les expériences de mort imminente, le lien qui pourrait exister entre le petit garçon de huit ans et cette jeune femme de vingt-trois ans, sur les conditions de son suicide. Est-ce bien un suicide ? Quelles en seraient les raisons ?

Pierre décide de poursuivre ses recherches au Cambodge et nous l’accompagnons dans un périple paradoxal où la beauté des paysages et la chaleur de l’accueil alternent avec la visite des orphelinats, les récits de morts d’enfants et la douleur des familles.
 
Sur place, il peut compter sur l’aide d’un journaliste cambodgien, Kheun, qui lui offre ses services de guide et de traducteur, et sans qui cette enquête n’aurait pas été possible. Grâce à Kheun et à sa profonde connaissance du pays, Pierre peut rencontrer les personnes indispensables à ses recherches et le lecteur pénétrer des zones pas toujours touristiques.

« Les maisons se succédaient des deux côtés du bateau, tantôt vertes, tantôt bleues. Un spectacle empreint de couleurs et de poésie. On sentait ici plus qu'ailleurs que la vie s'écoulait au rythme de l'eau.
Ils croisèrent une marchande de fruits dans sa pirogue, ainsi que des enfants qui s'amusaient à sauter dans une grosse bouée noire sous les yeux d'un vendeur de DVD déambulant à la rame, un chapeau chinois sur la tête. Assise sur une terrasse, une personne âgée regardait paresseusement passer les pirogues. Une cigogne se posa sur un tonneau échoué à quelques mètres de là et un petit garçon sans dents vint les aborder à bord d'une frêle embarcation pour montrer un énorme serpent à Pierre, qui lui tendit un billet vert. »

Des décors superbes, y compris la cité d’Angkor avec ses trois cents temples au milieu d’une jungle luxuriante, pour une aventure passionnante sur les pas d’un journaliste efficace et déterminé, dans une société encore traumatisée par le souvenir des khmers rouges, voilà les ingrédients de ce polar qui mériterait amplement sa place dans un festival consacré aux récits de voyages. Un polar où se plonger autant pour l’intérêt de l’enquête que pour la découverte du Cambodge. On avait déjà aimé Retour à Duncan’s Creek qui se déroulait dans un petit village de l’Utah, on attend maintenant le prochain volume pour savoir où l’auteur va encore pouvoir nous entraîner. A suivre…

Serge Cabrol 
(18/01/19)    



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Noir & polar








Editions Jigal
(Septembre 2018)
296 pages -19











Nicolas Zeimet,

né en 1977, est romancier et traducteur. Les enfants de Lazare est son cinquième roman.







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