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Antoine DOLE

Météore


L'adolescente qui prend la parole pour ce monologue intérieur s'appelle Sara. Du moins, c'est ce qu'elle aimerait, ce qu'elle voudrait, ce qu'elle ressent en elle-même. Malheureusement, elle est née en s'appelant Jérôme et pour les autres, elle est un garçon.

Pour être elle-même, elle a toujours dû subir la violence des autres, les coups, les crachats, les insultes. Les coups et les crachats ce n'est pas le pire. « Une gifle, ça ne laisse pas de traces. Quelques rougeurs à peine. » « Un crachat, c'est pareil on ne garde pas les crachats. C'est du mépris qui s'évapore. »  Par contre, « les insultes, c’est différent. Les entailles qu'elles font sont au-dedans de soi. Les insultes, on ne s’en défait pas. On les garde en travers. On se construit dessus. Par-dessus. »
Mais le pire, ce sont encore les blessures que l'on s'inflige à soi-même, la haine que l’on fabrique à l’intérieur.

Depuis l'enfance, Sara vit avec ce sentiment qu'une erreur s'est produite à sa naissance. « Déjà petite, j'avais compris que je n'étais pas là où il fallait que je sois. » « J’aimais jouer avec les filles et je préférais les poupées. » À neuf ans, elle a demandé à ses copines de l'appeler Sara. « Je leur ai dit que j'avais un secret, que j'étais une fille et que personne ne le savait. Elles m'ont prêté des vêtements, que j'essayais avec elles dans un coin de la cour. Elles ne doutaient pas une seconde que j'étais comme elles. » Mais pour les autres, les adultes, c'est devenu un problème. Quand ses parents ont été convoqués par le directeur de l'école, la situation s'est aggravée.

Et puis, ensuite, il y a l'adolescence. C’est une période compliquée pour tous mais pour Sara, la transformation de son corps a été une épreuve encore plus terrible. La puberté lui confirmait chaque jour que son corps devenait un obstacle. « Il m'emmenait ailleurs. Loin du chemin à prendre. Je n'habitais plus rien, plus aucune particule de cette peau. J'en étais prisonnière. »

À seize ans, la consultation d'un psychiatre l’a aidée à comprendre qu'elle n'était pas seule. Il a parlé de « disphorie de genre, un enfant sur cinq cents naissances », et lui a proposé de l'accompagner dans son évolution. Sa mère aussi à mieux compris. « Ma mère m'a prise dans ses bras. Dans ses bras avec tout son amour, j'ai senti que ça m'enveloppait. Quelqu'un avait enfin compris. Je savais que je n'étais pas morte. Pas morte au-dedans. »

Antoine Dole nous offre ici un texte très fort, violent, qui exprime la lutte contre cette erreur de la nature, ce combat contre les autres, cette haine de soi-même, mais aussi, peu à peu, la force qui remplace la détresse, la résistance contre l'adversité, le courage de s'affirmer et de devenir vraiment ce qu'on est au plus profond de soi-même.

Ce livre permettra aux ados qui sont dans la même situation de se sentir moins seuls et aidera les autres à mieux comprendre et accepter les choix de chacun et chacune.

Serge Cabrol 
(03/02/20)    



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Jeunesse







Antoine DOLE, Météore
Actes Sud Junior

D'une seule voix
(Janvier 2020)
80 pages - 9,80










Antoine Dole

Bio-bibliographie
sur le site de l'auteur :
www.antoinedole.com