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Fabio BENOIT


Mauvaise conscience


C’est un roman foisonnant de personnages. On suit les pérégrinations de Nono dit le « steward », tueur à gages du Serpent, grand truand que poursuit Marc-Olivier Forel dit « Marco », commissaire à la police de Neuchâtel, amant de Rachel Weiss, procureure dans la même ville, aidé par Yan Tisserand de la DIPJ de Lyon, car les braquages et cambriolages se font en Suisse et en France. Les personnages ne cessent de passer la frontière. On suit les amours d’Angel, amant de Nina, mais aussi homme de main de Pierre-Alain Dolder qui a une manufacture horlogère et une comptabilité pas très claire… Et puis il y a aussi « La Bite », Sabrina Keller, « Le Turc »… À la fin du roman il y a une liste des personnages (par ordre d'apparition) si jamais on ne s’y retrouve pas parmi la trentaine d'acteurs.
Ce qui est intéressant dans cette multitude, c’est d’avoir un grand nombre de points de vue, d’entrer dans la tête du policier, de l’amant, du convoyeur de fond, du braqueur… Ainsi Marco nous confie la difficulté d’être policier (comme l’était l’auteur de ce roman) pas seulement dans sa vie professionnelle mais familiale : « Quand le flic rentre tard chez lui, il ne peut pas dire pourquoi. Ni confier ce qu’il a vu ou fait durant son activité professionnelle. Bien sûr, il peut évoquer des généralités. Mais ni nom ni détail. Le secret fait partie de sa vie. […] Lorsque le conjoint lui parle de futilités, alors qu’il a auditionné une victime de viol. Ramassé un cadavre en décomposition. Fait face à des personnes violentes ou en détresse… »
Ou encore « Le Turc » qui décrit son boulot de convoyeur : « Très rapidement le fourgon est vide, immaculé et dépourvu d’intérêt. Il y a trois minutes, il renfermait un trésor composé de métaux précieux. Pour combien ? Deux, trois, quatre millions, ou plus ? Chaque fois que j’accomplis ma mission, je ressens ce vide sidéral, comme une véritable coupure. Comme si mon instinct de propriété et de convoitise était instantanément guillotiné. J’assure quotidiennement la sécurité de plusieurs millions alors que moi, je gagne des cacahuètes. Je suis soumis à des horaires irréguliers et je risque en plus de me faire braquer. Je ne suis pas un employé mais un numéro, aisément remplaçable par des patrons qui s’en mettent plein les poches. C’est une impression désagréable. Comme si je vivais dans le temps reculé de la royauté qui baigne dans l’opulence et du peuple qui se noie dans la pauvreté. Désormais la révolte gronde ! »

Un tueur à gages qui assassine proprement un témoin qui doit déposer, des vols dans des voitures qui semblent autant téléguidés qu’absurdes, des convoyeurs-boxeurs-braqueurs et la police suisse et française, un tortionnaire qui s’apitoie sur des lapins nains ou des hamsters, autant de rivières particulières qui nous mènent au fleuve Serpent.

Un bon roman brutal et généreux, riche de ses personnages qui s’amusent avec les thèmes du genre.

Michel Lansade 
(18/05/20)    



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Noir & polar








Favre

(Février 2020)
328 pages - 18,50

Version numérique
11;99









Fabio Benoit est
commissaire à la police judiciaire de Neuchâtel. Mauvaise conscience est son deuxième roman.