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Philippe B. GRIMBERT

Panne de secteur


Ce roman affiche, dès l’entame,  une grande ironie sur ses personnages. Paul, le père, est chercheur en biologie cellulaire dans un organisme depuis environ cinq ans « où il se contentait du strict minimum se reposant principalement sur l’acharnement des jeunes chercheurs post doctorant. » Il deviendra un peu connu du grand public en exposant sur la constipation à la télévision. Le jour de gloire arrive… C’est le stratège de la famille.

Sylvie, sa femme, est chargé de mission dans le cadre des politiques et investissements culturels auprès des collectivités territoriales de la région Île-de-France. Elle est plutôt copine avec son ex-femme de ménage africaine. Elle est silencieuse, discrète et pratique l’aïkido.

Paul veut le meilleur pour sa fille Bérénice. Il n’hésite pas à lui faire passer des tests de QI la trouvant précoce, (le résultat, attendu avec grand espoir, montrera qu’elle est dans la moyenne), ronchonne quand le collège Camille-Claudel ouvre une classe pour autistes, puis peste quand arrive une classe de primo-arrivants, en déduit que « Bérénice était scolarisée dans un collège de merde », se procure une adresse d’emprunt, moyennant finances, pour déjouer la carte scolaire et que sa fille intègre le prestigieux Henri IV pour y continuer la prépa qui est hors carte scolaire. Là, sur son temps de travail, il consulte Wikipédia sur Spinoza, Kant, la macro politique économique… pour mener la conversation avec Bérénice au diner.

Jusque-là nous sommes dans une farce qui se moque de ces parents, du père surtout, intellos petits-bourgeois fonctionnaires prêts à tout pour mettre leur enfant sur les rails du meilleur, et illustre avec humour La Reproduction de Bourdieu.

Mais voilà que « Bérénice, qui jusqu’à cet âge n’avait connu que les émois d’un ou deux flirts d’adolescente, tomba amoureuse. Sincèrement, totalement, intensément amoureuse. Et cet amour se fraya un chemin au plus profond de sa petite existence, occupant une place insoupçonnable pour qui eût pris le temps d’examiner ses traits graciles, sa poitrine menue, les frêles courbures de ses hanches et son emploi du temps ministériel. » Bérénice est amoureuse et le projet du père grince un peu. La farce qui continue en se moquant des adolescents va se muer en drame. Bérénice va rejoindre celle de Racine, victime de son amour et de la raison d’état, euh, pardon, de la déraison du père.

Ce très bon roman est une tragi-comédie composée de longues phrases au vocabulaire soutenu et qui a la précision du scalpel tenu par Philippe B. Grimbert qui construit l’ironie en mettant les personnages à distance. Il y a du Bouvard ou du Pécuchet dans la figure du père. Un premier roman qui entre d’un bon pas en littérature.

Michel Lansade 
(18/03/20)    



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Le Dilettante

(Janvier 2020)
224 pages 17,50






Philippe B. Grimbert
est professeur de médecine. Panne de secteur
est son premier roman.



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