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Nick HUNT

Où vont les vents sauvages

Marcher à la rencontre des vents d’Europe
des Pennines jusqu’en Provence



Sans voix il pleure,
Sans ailes il voltige,
Sans dents il mord,
Sans bouche il murmure.
(Énigme dans le Hobbit de Tolkien citée par Nick Hunt)

En ces temps de confinement, cette lecture donne des ailes. On chausse nos semelles de vent virtuelles et on suit, enfin on essaie de suivre, l’infatigable randonneur qu’est Nick Hunt, capable après 25 kilomètres en montagne, dans la neige et le blizzard, en se croyant un moment perdu, de repartir le lendemain à l’aube, frais comme une petite brise de printemps. On le suit parce qu’on est véritablement emporté, (lui, l’a été à six ans, par une tempête, événement qui peut être la source de ce projet fou) dans son incroyable poursuite des plus féroces vents d’Europe :

- L’Helm en Angleterre,
Si les Pennines sont « la colonne vertébrale de l’Angleterre », courant sur près de cinq cents kilomètres du Derbyshire aux Marches écossaises, l’Helm souffle à peine sur deux de ses vertèbres de grès. Il se forme […] sur le Cross Fell – le point le plus haut de la chaîne de montagnes et le plus élevé d’Angleterre […] – et redescend à toute allure le long du versant pentu occidental avec assez de force pour déraciner les arbres et arracher les toits des maisons.

- La Bora à Trieste puis en Slovénie,
La Bora est un vent sec et glacial […] Il peut être violent comme un ouragan, faire couler des navires, écraser des maisons, renverser des camions, bloquer des autoroutes, déraciner des arbres, projeter des poissons hors de l’eau et couvrir son sillage de formations glacées et cristallines. Sa portée s’étend sur environ huit cents kilomètres au-dessus de l’Adriatique, de l’Italie à l’Albanie, mais certains sites, connus comme les « bouches » de la Bora – les ouvertures dans la paroi montagneuse à travers lesquelles l’air est contraint -, sont plus touchés que d’autres. Rijeka et Senj comptent parmi eux. Trieste elle aussi.

- le Foehn en Suisse,
Mon troisième vent était le Foehn qui domine les vallées alpines lorsque l’hiver se change en printemps. C’est un vent chaud, sec et catabatique – il souffle sur le versant descendant, par opposition à celui dit anabatique, ou ascensionnel -, qui donne son nom à un genre : le « type foehn » […] Associé aux migraines, troubles anxieux, dépressions, suicides, et facteur favorisant les feux de forêt intenses qui balaient les résineux des Alpes, il est également lié aux cieux dégagés, à la chaleur et à la fin de l’hiver. C’est d’ailleurs en mars que le narrateur part sur les traces du Foehn et sur celles de Peter Camenzid, héros d’Hermann Hesse dont le rugissement du foehn constitue la bande-son de ce périple qui va nous emmener aussi au pays d’Heidi !

- Et enfin le Mistral en Provence.
« À Valence, le Mistral commence. » […] Le plus célèbre vent français naîtrait prétendument dans cette ville – ou plus précisément, selon certains, en aval du Pilat, situé un tout petit peu plus en amont de la voie ferrée – et se lèverait lorsque de l’air frais se retrouve contraint de passer des zones de haute pression à l’intérieur des terres aux zones de basse pression au-dessus du golfe du Lion, canalisé par la vallée du Rhône et gagnant en férocité tandis qu’il se précipite le long du fleuve jusqu’à la mer. Il doit son appellation au latin magistralis, qui signifie « dominant » ou « magistral », similaire sur ce point au maestro, le vent de certaines parties de l’Adriatique. Il est également surnommé le « mange-fange », pour son effet desséchant ; parmi ses titres honorifiques douteux, l’on compte « le vent de la folie » […]

On est décoiffé par cette somme inouïe de précisions météorologiques, géographiques, historiques, mythologiques, artistiques (comme l’évocation par exemple des peintres du vent, Turner et Van Gogh) qui accompagne les différentes randonnées et se déverse sur nous avec bonheur dans le halètement de la marche et les souffles plus ou moins cruels des vents tant espérés et finalement tous rencontrés. C’est époustouflant !

Sylvie Lansade 
(30/03/20)    



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Hoëbeke

Étonnants voyageurs
(Mars 2020)
272 pages - 20




Traduit de l'anglais par
Alexandra Maillard









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(en anglais)








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