Retour l'accueil du site
Retour Sommaire Nouvelles





Velina MINKOFF

Les shorts rouges


Dix nouvelles comme des épisodes épars de la vie de Dimitrina de ses trois ans à sa première vraie histoire d’amour. Elle est Bulgare, d’une famille aisée proche du pouvoir, a un frère et surtout une grande copine, Anne. La famille, les amies, l’école, les voisins, la vie du quartier, les vacances à la campagne ou dans la station balnéaire, les chorales, les défilés officiels, l’éveil à l’amour, voilà l’ordinaire qu’en quatre ou trente pages Velina Minkoff nous rapporte. Si la petite fille ou l’adolescente en est le plus souvent l’héroïne, dans Superstar ou le déménagement, les narrateurs sont cette fois des garçons de la même génération. Derrière ces scènes souvent quotidiennes et rapportées avec légèreté, pointe incidemment sans être directement abordée une réalité plus politique comme les expropriations des grandes propriétés, la foi enthousiaste ou la soumission peureuse au régime, l’interdiction du culte orthodoxe, les privilèges des apparatchiks ou la Perestroïka. Iode, la plus longue nouvelle du recueil et à mon goût personnel la plus forte, diffère quant à elle un peu du lot avec une évocation par contre très explicite des conséquences locales de l’accident de Tchernobyl par l’effet de pluies radioactives. À son exact opposé, Le grand sac noir, au tout début du recueil, va flirter en à peine cinq pages à la frontière du conte en jouant avec talent et étrangeté sur les peurs de l’enfance à partir d’un mystérieux moine orthodoxe à demi-fou.  
On ressent très fortement dans ce recueil ce mur symbolique ayant longtemps séparé le monde au moment même où il se fissure, où la culture musicale, vestimentaire, venue de l’autre côté du rideau de fer attire la jeunesse comme un aimant. Parmi ces pures fictions vues à hauteur d’enfants et d’adolescents qui disent un monde disparu et une génération de l’entre-deux, rares sont les récits qui  ne font pas allusion à la mode (les jeans surtout), aux hits anglo-saxons et disques en vinyle, au chewing-gum ou au chocolat, dressant une sorte de catalogue des produits iconiques de la société de consommation étasunienne et de la modernité que leur absence dans le bloc soviétique rend d’autant plus mythiques. Et ce n’est pas Dimitrina, assez soucieuse de son apparence au point de sembler parfois quelque peu superficielle, qui déroge à cette tendance générale. 
Dans cet univers souvent candide qui passe des rires et de l’insouciance aux occasionnels chagrins vite effacés, si l’action se concentre en général sur Dimitrina avec peu de personnages pour lui donner la réplique, un certain nombre d’entre eux reviennent régulièrement dans des rôles plus ou moins importants d’une nouvelle à l’autre. Outre l’unité que cela donne au recueil, cela permet aussi à l’auteure de restreindre son champ d’investigation au petit cercle entourant sa protagoniste principale comme une famille élargie qui vient enrichir son profil et son expérience.

Ce n’est pas dans l’écriture fluide, ni la langue simple et humoristique avec ses recours fréquents aux lieux communs accentuant la vision enfantine ou adolescente des protagonistes, que réside ici l’originalité. Ce serait plutôt dans le positionnement pointilliste, ni nostalgique, ni démonstratif, ni politique, choisi par l’autrice, dans ce survol d’une génération charnière de Bulgarie à la veille et après la chute du mur de Berlin.
Mais le grand atout de ce livre dont la plupart des nouvelles traduites ici en français pour la première fois ont été écrites en début des années 2000 alors que Velina Minnkoff n’avait pas trente ans, c’est sa jeunesse et la légèreté de son ton qui pourraient fort trouver écho chez les jeunes adultes d’aujourd’hui. 

Dominique Baillon-Lalande 
(03/04/20)    



Retour
Sommaire
Lectures








Maisonneuve & Larose Hémisphères

(Février 2020)
168 pages - 10


Traduit de l'anglais
et du bulgare
par l'auteure
avec Patrick Maurus








Velina Minkoff,
née à Sofia, a étudié l’écriture créative en Californie. Diplômée de l’École de Traduction Littéraire du CNL, elle vit maintenant à Paris. Elle écrit et traduit en anglais, bulgare et français.