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Rencontre
avec un tÚnor

Bertrand
DI BETTINO


Avant qu’un méchant virus nous empêche de sortir, nous avons pu assister, sur une péniche parisienne, à un spectacle du ténor Bertrand Di Bettino et, ensuite, nous lui avons posé quelques questions sur son travail et ses projets.


Le spectacle

Nous avons bravé les éléments déchaînés pour assister sur le bateau Daphné, amarré à Paris quai de Montebello, au spectacle proposé par le ténor Bertrand Di Bettino.
L’originalité du lieu est séduisante. Oui, mais la Seine était en crue, véloce et tourbillonnante. Le cadre aurait parfaitement convenu à l’impétuosité wagnérienne, et pourtant... c’était une escale toute méditerranéenne qui nous attendait !
Couleurs d’Espagne et d’Italie... un titre évocateur, à la hauteur du spectacle lyrique auquel le ténor accompagné de l’excellent pianiste Jean-Philippe Bousquet nous ont conviés.
Le duo nous a embarqués pour un lumineux voyage à travers le bel canto, mais pas que...
Verdi, Puccini, Donizetti, ainsi que des compositeurs espagnols et français, puis un bis très new-yorkais...
La voix du ténor, quel que soit le répertoire, la difficulté, la langue, est limpide, chaleureuse et puissante. C’est déjà beaucoup, mais ça n’est pas tout !
Outre nous régaler de ses talents, son objectif est de rendre la musique dite classique accessible à tout un chacun. Accessible, tant au niveau de sa diffusion, que de sa pédagogie.
Sa devise pourrait être : « Si tu ne vas pas à la musique, la musique viendra à toi… » pour t’éveiller à la beauté, à l’harmonie, à la transcendance et contribuer ainsi à ton éducation d’Homme dans ce qui te relie et t’unit au monde.
Un credo ambitieux, un créneau maîtrisé : Bertrand Di Bettino ne se contente pas d’être une voix. Il est une présence, une source de connaissance.
Et tout cela, dans le charme, l’humour, la joie, la bonne humeur, et la générosité.
Ce soir était le lancement d’une performance qui appelle un « bravissimo », et à laquelle pour en revenir à notre Seine moutonnante, nous souhaitons bon vent !

Catherine Arvel

L'interview

Vous présentez un spectacle avec le pianiste Jean-Philippe Bousquet où vous chantez des extraits d’opéras de différents musiciens en alternant le chant et des moments récitatifs. Comment est né ce projet ?
Nous désirions dès le début proposer un programme éclectique, abordable et rythmé. Pour cela les ingrédients sont simples : de l’opéra provenant de différents pays, de la musique populaire connue et pour saupoudrer le tout quelques anecdotes sur chaque air. Ensuite, il m’a paru essentiel de présenter les morceaux et de les situer dans l’espace et le temps, ainsi chacun pouvait voyager avec nous et trouver des repères.

La musique a-t-elle toujours été présente dans votre vie ?
La musique fait partie de ma vie. Je respire, pense, ris, pleure, accompagne la musique depuis ma plus tendre enfance. J’ai été bercé par des voix énigmatiques, singulières et célèbres comme La Callas, Anne Sylvestre, Pavarotti, Dee Dee Bridgewater, Edith Piaf, Placido Domingo ou encore Mylène Farmer, Sting et Madonna… et j’en oublie ! Ce mélange des genres m’a ouvert l’esprit et ma créativité.

Est-ce que l’opéra vous a toujours attiré ?
L’opéra faisant partie des musiques que mes parents écoutaient, je ne me rendais pas compte que j’absorbais de façon passive ce style musical.  Lorsque j’étais ado je piquais les disques de mes parents et j’écoutais seul dans ma chambre du Mozart ou du Wagner qui me surprenaient toujours plus à chaque écoute. Ensuite, vers 16 ans je me suis amusé à imiter Pavarotti ou à chanter des airs un peu difficiles comme New York New York, O Sole Mio… Ma passion était née !

L’opéra allie la voix et le texte avec les livrets. Quel rôle joue l’histoire pour vous ?
L’Histoire et « les histoires » sont pour moi incontournables. Je n’arrive pas à comprendre que l’on fasse un concert ou un récital sans raconter le contexte dans lequel l’opéra a été écrit ou dans quel bain culturel est né un air. Nous, les artistes, sommes responsables de notre musique mais aussi de la transmission de ce savoir. Bon c’est vrai, je suis aussi un petit bavard et j’adore raconter des anecdotes qui font rire ou sourire le public…

Dans le spectacle que vous présentez vous situez les airs d’opéra proposés dans le contexte historique et vous résumez l’histoire ?
Oui, comme je l’ai dit précédemment c’est un devoir pour nous les artistes de situer l’œuvre. Aussi, afin de comprendre l’air que j’interprète, je résume l’acte précédent, cela permet au public de comprendre pourquoi cette « romance » est chantée à cet instant précis. Et je peux aussi jouer le rôle du personnage, me mettre dans sa peau et ainsi tout le monde comprend et accède à ce répertoire.

Est-ce essentiel pour vous pour aborder et mieux comprendre l’opéra ?  
L’opéra raconte des histoires imaginaires ou réalistes de tous temps. Mon but est de montrer à toutes les générations que l’on n’invente presque rien aujourd’hui, les messages sont les mêmes, les histoires amoureuses ou tragiques sont souvent copiées et recopiées. Les comédies musicales sont pour moi la continuité de cet art mais avec beaucoup moins d’émotion et de lyrisme. De nos jours, seul l’opéra encore impressionne par la beauté de ses voix et de l’émotion qu’elles provoquent.

Comment envisagez-vous votre rôle de passeur de cet art qui fait peur à beaucoup de personnes ?
Tout simplement, je ne cherche pas à convaincre. Je montre et je raconte ; c’est déjà beaucoup. Je me rends compte que pendant les concerts conférences que je donne dans les collèges et lycées, les jeunes sont saisis, choqués, amusés d’entendre une voix de ténor devant eux, en live, sans artifices. Ils ont tous une réaction et vivent avec moi une heure et demie d’art, de comédie, de vibration.

Quels publics voulez-vous atteindre dans vos spectacles ?
Je souhaiterais toucher plus de néophytes, c’est mon cheval de bataille ! Montrer à tout le monde que cet art est à la portée de toutes et tous. Nous parlons un langage universel, nous racontons des histoires que la plupart des gens ont au moins entendu une fois dans leur vie. Je voudrais apporter aussi aux amateurs un regard nouveau sur le mélange des genres musicaux. Ce n’est pas parce que je suis ténor que je n’ai pas le droit de chanter un air du music-hall comme « New York New York » ou un air RNB ou plus électro ! Au contraire, le chanteur d’opéra doit faire partie de la mouvance, être un pédagogue et ouvert d’esprit. Je fais partie d’une nouvelle génération de chanteur lyrique garant d’un savoir technique et culturel mais aussi ouvert au monde qui nous entoure.

Propos recueillis par Brigitte Aubonnet

Mise en ligne : Mars 2020




















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