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Michel-Ange
et les fesses de Dieu


de
Jean-Philippe NOËL


Si la voûte de la Chapelle Sixtine où s’entremêlent les corps nus et musculeux de jeunes hommes  illustrant la Genèse ne s’est pas faite en un seul jour, le vécu dramatique de son élaboration multicomplexe, imaginé par l’acteur-metteur en scène Jean-Paul Bordes, nous accroche à plus d’un titre. Une belle idée que celle de faire ressortir la dramaturgie de l’affrontement entre deux géants motivés par la soif de postérité.

Résumons les faits.
Le premier géant s’appelle Jules II. En 1508 il est pape et le commanditaire d’une fresque de 800 mètres carrés sous la voûte de la chapelle Sixtine. C’est un mécène exigeant, plus à l’aise dans une armure que sous la tiare, tyrannique et ivre de reconnaissance universelle.
Le second, l’artiste, s’appelle Michel-Ange. Il est plutôt sculpteur que peintre. C’est un artiste introverti, au génie reconnu, à la résistance mentale et physique hors du commun.
Les deux hommes ont besoin l’un de l’autre pour ce projet titanesque, même si leur motivation n’est pas investie des mêmes critères. Ce qui va les conduire à un affrontement sans merci et l’ambiance de « ce chantier des siècles » va être la démesure.
 
Enfermé dans sa chapelle, Michel-Ange, constellé de peinture, gère sa solitude, sa désespérance et sa rage. Il peine à se mouvoir. Aidé par son serviteur Mattéo, souffre-douleur à la grande humanité, il peint l’infini de la voûte, le corps tordu sur un échafaudage à vingt mètres au-dessus du sol. Tandis que Jules II aux aguets, l’invective avec violence, s’en va en guerre avec ses gardes suisses et s’en revient pour constater que l’œuvre pour Dieu et les siècles des siècles peine à avancer.

Avec cette pièce, écrite par Jean-Philippe Noël, on passe en revue toutes les gammes d’un relationnel virulent entre les deux hommes : la brutalité verbale, la colère, la fureur, la démesure, l’impétuosité. Sentiments nourris de la peur de l’échec. Paradoxalement, il y a le sentimentalisme momentané d’un Jules II pleurant la mort de sa sœur ou l’intérêt comique d’un Michel-Ange on ne peut plus intéressé par les concrets 3000 ducats de la commande papale. Même s’il voue par ailleurs à Dieu une adoration sans limite. Paradoxalement, niché tout au fond du cœur de ces deux hommes, filtre en leur face-à-face batailleur, un sentiment de pureté. Qui rend la pièce encore plus captivante.

L’ensemble fait un triomphe. L’aisance, la beauté et l’entrain de François Siener, Jean-Paul Comart et Jean-Paul Bordes éblouissent les spectateurs en liesse au terme du spectacle.
 Il faut souligner également la réussite des costumes, des lumières et de la création sonore, qui habillent le texte sans exagération. Les décors sont également en harmonie avec un atelier de peintre, un escalier entouré de bâches qui masquent un échafaudage haut perché.
Quant aux fesses de Dieu ! Sans doute, au terme de ce chantier titanesque, peut-on les entr’apercevoir ou les imaginer, nichées quelque part dans les arcanes de la voûte.

Patrick Ottaviani 
(17/01/18)    



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Une loge
pour le strapontin
















Théâtre 14


20 av. Marc Sangnier
75014 Paris

Location :
01 45 45 49 77



Une pièce de
Jean-Philippe Noël

Mise en scène
Jean-Paul Bordes

assisté par
Dominique Scheer

Avec
Jean- Paul Bordes
François Siener
Jean-Paul Comart
César Dabonneville

Lumières
Stéphane Balny

Costumes
Pascale Bordet

Création sonore
Michel Winogradoff

Scénographie
Nils Zachariasen