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Misery

Une pièce de
William Goldman

d’après le roman de
Stephen King




Quelle aubaine, pour Annie Wilkes, que de récupérer, inconscient au bord de la route à la suite d’un accident de voiture, Paul Sheldon son auteur à succès préféré. Entre la vie et la mort, elle le transporte jusqu’à sa maison, enveloppe ses jambes brisés de bandes de contention grotesques. De façon quasi instantanée, le spectateur est plongé dans l’univers angoissant de Misery, une pièce de William Goldman, que met en scène Daniel Benoin au Théâtre Hébertot.

Quand, Paul s’éveille au milieu de cauchemars et autres douleurs effroyables, il se découvre allongé sur un lit de fer. À ses côtés, se tient Annie, un verre d’eau à la main pour lui faire avaler une gélule de Novril, un antalgique. Il décode très vite que celle qui se déclare être son admiratrice numéro 1, qui a lu tous ses livres, est complètement cinglée et qu’à la moindre contrariété, elle se débarrassera de lui.
Les ingrédients de la pièce ainsi posés, le spectateur est convoqué à un huis clos au royaume de la folie et de l’épouvante. Un jeu cruel va se dérouler. Suspense et rebondissements sont promis. Comment Paul va-t-il sauver sa peau ? Quel va être le relationnel entre ces deux êtres dont l’un est psychopathe ?

Annie achète dans le supermarché voisin le dernier volume de la série des Misery où Paul a fait mourir son héroïne. À titre de représailles, elle abandonne l’écrivain pendant deux jours. À son retour, il devra, sous peine d’être exécuté par sa geôlière, écrire Le retour de Misery. Pour ce faire, elle lui a acheté une machine à écrire où la lettre « n » ne marche pas et une rame de papier. Elle le propulse dans un fauteuil roulant, le coince derrière une table.
Paul est pris entre deux feux. Soit, il se dépêche de ressusciter Misery et lorsqu’il en aura terminé, qu’il aura satisfait à la démence d’Annie, celle-ci en finira avec lui (elle dispose d’un révolver qu’elle lui brandit sous le nez) ; soit il fait traîner l’intrigue, mais là, énervée par la lenteur de Paul, elle est capable impulsivement de le tuer, et cela ne change rien de toutes les façons.
Car pour Annie, Paul vivant ou mort où est la différence ? À ses yeux, il est un dieu. Niché dans la cloison de la pièce où il est prisonnier, en un rêve démoniaque, elle a élaboré une espèce de sanctuaire occulte enluminé des photos de son écrivain idolâtré.
Il y a, aux origines de la pièce Misery, le best-seller de Stephen King, et n’en déplaise à ceux qui ne l’ont catalogué que comme grand maître de l’épouvante, celui-ci a superbement investi l’univers des maladies mentales. Les attitudes de petite fille « douce-cruelle-imprévisible » sont formidablement interprétées par Myriam Boyer qui excelle en ce fascinant personnage. On se souvient d’elle à Encres Vagabondes avec le beau succès de Riviera en 2013, sur les planches du Petit Théâtre Montparnasse, où elle jouait le rôle de la chanteuse Fréhel, éprise d’un amour fou à l’égard de Maurice Chevalier. Nous voilà, avec Misery, propulsés dans une folie d’un autre genre en un rôle qui lui va comme un gant, où elle et Francis Lombrail sont excellents.

La mise en scène de Daniel Benoin est tout à fait dans le ton avec des dialogues bien orchestrés sous une inquiétante lumière verdâtre chargée de diffuser un climat psychopathe dans une chambre à l’hygiène plus que douteuse. Durant le temps du spectacle, l’attention des spectateurs, alternée de quelques pics d’humour, comme pour décompresser, ne se relâche pas.
Poignant, que de voir, après quelques rappels, les deux comédiens se faire l’accolade face au public, heureux du don absolu de leur personne, sans économie, du très beau théâtre !

Patrick Ottaviani 
(02/10/18)    



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Théâtre Hébertot

78bis Bd des Batignolles
75017 PARIS

Location :
01 43 87 23 23


Une pièce de
William Goldman

d’après le roman de
Stephen King

Adaptation française
Viktor Lazlo

Mise en scène
Daniel Benoin

Avec
Myriam Boyer
Francis Lombrail

Assistante
à la mise en scène
Alice-Anne
Filippi Monroché

Scénographie
Jean-Pierre Laporte

Costumes
Nathalie Bérard-Benoin

Lumières
Daniel Benoin

Vidéo
Paolo Correia