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Comme en 14

de

Dany LAURENT


En deux journées insolites, celles du 24 et du 25 décembre 1917, Dany Laurent nous plonge tout droit dans une infirmerie d’hôpital à la lisière des lignes de front : Comme en 14. En deux actes, elle nous introduit dans le quotidien de la « Grande Guerre » en compagnie de Marguerite, Suzy, Louise, Adrienne et son fils Pierre, attardé mental. Soient quatre femmes, infirmières ou bénévoles, qui se substituent à l’absence des hommes et pallient aux arrivées massives de soldats meurtris par l’obus et la baïonnette.

24 décembre. En bruit de fond, les canonnades, l’écho des hommes qui s’entretuent et Marguerite, l’infirmière la plus expérimentée (excellente Marie Vincent), énonce à l’habitude, « il va y avoir un arrivage ». Effervescence, chacune se prépare.
On les regarde ces femmes. Comment elles font ! Comment elles soignent ! Comment elles s’éclipsent du consensus de guerre à petits coups d’humour compensateur. À aucun moment elles ne sont tristes, même s’il y a des crises de découragement. La vie et la mort sont si proches, avec de mini récréations : fumer en douce une cigarette et la remiser après deux bouffées dans le tiroir d’un petit meuble. Il y a les disputes, les rires, les larmes, et cette guerre dont on espère qu’un jour on en verra le bout.
À l’infirmerie, les anecdotes de la vie communautaire transcendent l’horreur du quotidien. Aujourd’hui, on va amputer Henri, le fils d’Adrienne, frère de Pierre qui voue à son frère une admiration sans limites. Adrienne se réjouit, Henri est sauvé, il ne retournera plus au front. Il y a l’amour qui filtre dans l’infirmerie. Celui de Louise, une jeunette, issue de la grande bourgeoisie, pour son fiancé, au front, qui lui écrit de longues lettres, ils se reverront bientôt… peut-être ! Il y a Suzy  qui en marre. Elle est pacifiste  et ne comprend pas qu’un gars de vingt ans s’en aille tuer un autre gars de vingt ans. Alors elle manifeste à Marguerite sa liberté de conscience. Presque « hérétique », elle refuse la guerre.

25 décembre. C’est « choux gras », on fête Noël ! Adrienne, la comtesse bénévole, a apporté un poulet, du foie gras, un gâteau et une bouteille de champagne. L’infirmerie pour quelques heures arrête les soins. Si les blessés réclament, ils patienteront. À la place du quotidien abominable, voilà un peu de joie, un peu de bonheur, un peu d’espoir. Suzy se pare d’une robe de soirée. On est à l’unisson. On boit, on chante, on se dit que tout cela va bientôt finir, que ce sera la « der des ders ». Affleurent chez les protagonistes, des sentiments handicapés de nos jours, telle la compassion, un peu comme s’il fallait des conditions extrêmes pour que s’émoussent les ego hérissés de défenses et que les êtres humains puissent se retrouver.

Les comédiens sont parfaits dans leur rôle, un peu comme s’ils étaient chez eux en ce décor d’une infirmerie réaliste avec ses bandes Velpeau, ses médicaments, son poêle et sa bouilloire, son ameublement utile.  La mise en scène d’Yves Pignot est claire et juste. C’est souple, facile, sans barrière, ça coule magnifiquement entre les protagonistes. Presque une démonstration d’humilité et de chaleur, comme un sens fraternel retrouvé.
C’est beau ! On se dit que, spectateur, peut-être aurait-on aimé être invité en cette infirmerie, y avoir un rôle, aider !
Comme en 14 est une pièce poignante, pour laquelle Dany Laurent, son auteure, a été récompensée de trois Molière en 2004, où Marie Vincent (encore une fois merveilleuse Marguerite) a été Molière de la révélation théâtrale féminine de cette année-là !

Patrick Ottaviani 
(05/02/19)    



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Théâtre La Bruyère

5, rue La Bruyère
75009 PARIS

Location :
01 48 74 76 99





Mise en scène
Yves Pignot

Avec
Marie Vincent
Virginie Lemoine
Ariane Brousse
Katia Miran
Axel Huet

Assistance
à la mise en scène
Sonia Sariel
Angélique Delmas

Décor
Jacques Voizot

Costumes
Pascale Bordet
Lumière
Jacques Rouveyrollis
Jessica Duclos

Musique
François Peyrony