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Les ecchymoses invisibles

de
Djamel SAÏBI


La pièce commence quasiment dans le noir. Corinne a, elle aussi, des idées bien noires. Elle est dans une angoisse totale car elle attend son mari Michel. Ils vont recevoir un collègue et sa femme pour le repas mais Corinne n’avait que cinquante euros donnés par Michel pour faire les courses. Évidemment, nous explique-t-elle dans une sorte de mélopée, elle n’a pas réussi à limiter ses achats dans la somme prévue. De honte, elle a donc quitté brusquement le magasin mais elle n’arrive pas à le dire à son mari quand celui-ci arrive. En effet, elle est terrorisée car Michel est très violent dans ses propos, il l’humilie, l’insulte, la rabaisse depuis vingt-quatre ans tout en l’aimant passionnément comme il le lui dit quand il n’est pas envahi par la colère.

À l’arrivée du mari sur scène la relation déséquilibrée qui est la leur nous saute aux yeux : il prend toute la place sur le plateau, parlant fort là où sa femme murmure, gesticulant là où elle est immobile. Le texte laisse également filtrer des indices quant à la manipulation à l’œuvre dans ce couple où l’homme offre des cadeaux hors de prix à sa femme qu'il veut la plus belle, mais juste pour lui puisqu’il a réussi à l’isoler totalement : sans ami, sans travail, elle est sous son unique emprise.

La comédienne est particulièrement émouvante en exprimant sa panique devant le « monstre de colère » qu’est son mari. Elle sent monter toutes les peurs en elle qu’elle ose enfin dire alors qu’elle est silencieuse depuis le départ de ses filles. Elle se protège dans un mutisme face à Michel qui la manipule en passant de la séduction à la violence verbale. Il retourne très rapidement les situations. Corinne a été sous l’emprise de son mari pendant vingt-quatre ans mais elle sent qu’elle est prête à se révolter pour gagner enfin sa liberté même si elle ne travaille pas et si elle a été isolée de ses amis et de sa famille.

Sur un sujet difficile, la comédienne et le comédien jouent à merveille, un texte qui montre parfaitement l’engrenage qui s’établit dans un couple entre deux personnes dont l’une est sous l’emprise de l’autre.

La mise en scène est très équilibrée et une émotion très forte existe avec des moments de tension intense qui alternent avec des chansons ou de la musique qui permettent de relâcher un peu la tension.

Le texte n’est pas manichéen car nous pénétrons dans les pensées de Corinne mais nous découvrons aussi toutes les failles de Michel qui peuvent expliquer en partie son comportement même si cela n’excuse rien.   

C’est une belle réussite sur un thème douloureux.

Brigitte Aubonnet et Amandine Farges 
(06/12/19)    



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Une loge
pour le strapontin













Théo Théâtre

20 rue Théodore Deck
75015 PARIS


Texte
et
mise en scène
Djamel Saïbi

Avec
Emma Dubois
Éric Moscardo







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La Déesse Compagnie