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Monique
Esther Rotenberg


La femme silencieuse





Londres, 1934. Un minuscule salon dont le mobilier est recouvert de draps blancs : un fauteuil, une bibliothèque, une table sur laquelle patiente une machine à écrire coiffée de son cache.
Il pleut. Une nuit d'orage zébrée d'éclairs. Stefan Zweig (interprété par Pierre-Arnaud Juin) enveloppé d'un châle, attend sa secrétaire, recrutée par sa femme Fridericke, une certaine Charlotte Elisabeth Altmann plus communément appelée Lotte.
Lotte (interprétée par Olivia Algazi) est une jeune Juive allemande à la personnalité effacée. Elle vient de perdre son père qui était rabbin.
Stefan Zweig, inquiet de l'instabilité politique de son pays, s'est exilé à Londres.
C'est la rencontre de deux solitudes.

L'auteur de La confusion des sentiments vient d'entreprendre la biographie de Marie Stuart, une femme de caractère, veuve à dix-neuf ans. Il dicte son texte à Lotte mais, entre les phrases énoncées, d'autres phrases naissent, mâtinées d'approches amoureuses.
Ils décident de partir en Ecosse sur les terres originelles de Marie Stuart afin de mieux comprendre celle-ci.
A son retour, Lotte habillée d'un flamboyant kilt écossais à carreaux rouges est on ne peut plus joyeuse et gaie, transformée par l'amour à l'égard de son maître. Inopinément, elle tombe sur Fridericke (interprétée par Corinne Jaber), venue rendre visite à son mari.

Fridericke connaît Stefan sur le bout des ongles. Ses échappées amoureuses. Son besoin des femmes. Son besoin de parler de lui à travers ses biographies au sujet des autres (et la biographie de Marie Stuart n'échappe pas à la règle) car c'est lui – lui souligne-t-elle –, qui s'autobiographise.
Face à son épouse blessée, le génial écrivain s'empêtre autant que faire se peut dans ses contradictions. Fridericke le retourne comme une crêpe au sujet de cette nouvelle amante. Mais elle l'aime, elle l'a toujours aimé, elle croit en lui et a toujours eu à son égard des sentiments protecteurs.

Stephan, dans son refuge londonien, est de plus en plus mortifié intérieurement. Ne vient-il pas d'apprendre que La femme silencieuse, ce livret écrit pour l'adaptation de l'opéra de Richard Strauss a été interdit par les nazis.
En proie à l'angoisse et au découragement, il envisage de quitter l'Europe pour le Brésil définitivement.

La pièce de Monique Esther Rotenberg, restitue tout à fait ce huis clos londonien imprégné de citations diverses tirées de l'œuvre de Stefan Zweig. Peu d'effets théâtraux (sont-ils nécessaires ?) dans la mise en scène de Pascal Elso qui nous donne à voir l'invisible des êtres et leurs intimités déboussolées.
Olivia Algazi et Corinne Jaber sont très justes dans leurs rôles d'amante et d'épouse. Arnaud-Pierre Juin, quant à lui, a parfaitement intégré les attitudes du génial biographe autrichien et son mal être profondément enraciné.
Un moment poignant d'intelligence et de plaisir.

Patrick Ottaviani 
(24/01/14)    



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Une loge
pour le strapontin












Théâtre du Petit
Hébertot


78bis bd des Batignolles
75 017 Paris


Réservation :
01 42 93 13 04







Une pièce de
Monique
Esther Rotenberg

Mise en scène
Pascal Elso

Assisté de
Sonia Sariel

Avec
Pierre-Arnaud Juin
Corinne Jaber
Olivia Algazi