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William SHAKESPEARE


Othello


Quatre siècles nous séparent de la première représentation d'Othello.
Si l'histoire est restée la même, les transformations du théâtre ont parsemé la pièce d'aménagements contemporains. Voilà donc – au Théâtre du Vieux-Colombier –, l'impressionnant général maure Othello (excellent Bakary Sangaré) au service de la puissante République de Venise en costume XVIIe et coupe de cheveux rasta.
De son élocution gutturale, le comédien nous fait entendre le texte élisabéthain avec les accents de sa culture sahélienne.

Othello et Desdémone (interprétée par Elsa Lepoivre) fille de Brabantio (interprété par Alain Lenglet) s'aiment et se marient en cachette malgré l'interdiction du père. Tout irait bien si Iago, l'enseigne du général (interprété par Nâzim Boudjenah), n'avait été profondément humilié par la nomination à sa place, au rang de lieutenant, de son homologue Cassio (interprété par Jérôme Pouly).

Dès la première scène le ton est donné. Iago, avec une succession de manigances diaboliques, va ourdir "un plan de démantèlement" d'Othello au faîte de sa puissance. L'arme de l'enseigne, à défaut de la rapière, s'appelle la jalousie. Savamment, à petites doses, il va en inoculer l'âme du général jusqu'à le rendre fou.
Dès lors, le spectacle est celui de la descente aux enfers d'un homme, tributaire d'une passion exclusive pour son aimée. Et l'on assiste au désarroi d'une conscience assaillie par le doute en face de l'insoluble problème des contradictions de l'amour.
Chacune des démarches de Iago va être un chef-d'œuvre du juste calcul jusqu'au dénouement final : Othello finit par étouffer sa femme à l'aide d'un oreiller.

Mais Othello, c'est aussi l'histoire d'un Noir, d'un immigré dans le paysage occidental. La tragédie du général est donc redoublée de cette réalité connexe : celle d'un Africain amoureux d'une femme blanche.
Avec un humour teinté d'une ironie célinienne, l'universel dramaturge anglais n'hésite pas à cette répartie de Iago à l'adresse de Brabantio le père de Desdémone : "Un vieux noir est monté sur votre blanche brebis."

Cette énième représentation du drame shakespearien, porte l'inspiration heureuse de la mise en scène de Léonie Simaga et sa volonté de mélanger les époques. Ainsi Othello engoncé dans son manteau doré XVIIe siècle croise-t-il un Brabantio en costume moderne XXIe siècle.
L'aménagement "des tréteaux" par l'atelier Fratelli Giustiniani est tout aussi ingénieux. A l'aide d'une mécanique invisible de câbles et de poulies, Venise, ses ruelles et ses colonnes, s'élèvent en fin de première partie à travers l'espace scénique du Vieux-Colombier pour laisser la place en deuxième partie à Chypre et ses remparts : un assemblage dépouillé de plateformes, d'escaliers bordés de garde-corps.

Enfin, la tragédie de William Shakespeare nous offre, par le biais de comédiens investis d'énergie et de fraîcheur, un spectacle que l'on suit de bout en bout – entrecoupé d'un léger entracte – trois heures durant.

Patrick Ottaviani 
(16/05/14)    



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Théâtre du
Vieux-Colombier


21, rue du Vieux-Colombier
75006 Paris




Tragédie en cinq actes de
William SHAKESPEARE

Texte français
Norman CHAURETTE

Mise en scène
Léonie SIMAGA

Avec
Alain LENGLET
Céline SAMIE
Jérôme POULY
Laurent NATRELLA
Elsa LEPOIVRE
Christian GONON
Bakary SANGARÉ
Nâzim BOUDJENAH
Noam MORGENSZTERN
Pauline MÉREUZE

Décor
Massimo TRONCANETTI

Costumes
Léonie SIMAGA

Lumières
Elsa REVOL

Son
Dominique BATAILLE