Retour l'accueil du site






Les cartes
du pouvoir





d'après Farragut North
de Beau Willimon




Quelle belle idée que de commencer la saison théâtrale par une pièce nouvelle construite à la manière d’un thriller !
On est aux États-Unis. Dans l’état de l’Iowa. En pleine campagne des primaires pour la présidence américaine. Stephen Bellamy, « Steve », (formidable Raphaël Personnaz), est  l’attaché du gouverneur Morris, candidat à la Maison Blanche.
C’est un jeune loup de 25 ans, brillant et déjà chevronné. En compagnie de Paul Zara, son indéfectible ami et directeur de campagne, d’une journaliste du Times et de Ben, un assistant plus masqué mais aux dents longues, ils sont en plein travail.
Ils veulent la Maison Blanche !
Avant tout, gagner l’Iowa.
Whisky après whisky, ils en sont persuadés, leur plan de campagne est réglé comme du papier à musique. Des sondages favorables. Des alliances sans faille. Des réseaux sociaux qui leur sont acquis et le savoir-faire de Paul Zara, aussi cruel qu’expérimenté, chapeaute le tout. Et si, et si… quelque avatar survenait, bien entendu ils s’adapteraient le plus loyalement du monde.
 Un peu plus tard justement, Tom, le directeur de campagne du camp adverse téléphone à Steve et lui propose un rendez-vous dans un bar discret. « Et si le brillant Stephen Bellamy changeait de camp et venait travailler avec eux ? »

On n’en dira pas davantage.
Dès lors, l’intrigue va se mettre en place avec les ingrédients d’un thriller. Un engrenage subtil où les artifices de la passion vont se déployer pour la conquête du pouvoir à n’importe quel prix. Le cynisme va régner en grand maître comme les trahisons, les humiliations et le sexe.
C’est distillé avec suspense. Avec de belles scènes. Celle, entre autres, où Steve, à la façon d’un Judas, attend Paul à la sortie d’un aéroport enneigé pour lui avouer qu’il a rencontré Tom « par curiosité ».

Sous un angle plus poignant, on assiste à la descente aux enfers d’un homme, Stephen Bellamy. Passionné de politique, il ne voulait pas « être un conducteur de tracteur » perdu au fond de sa cambrousse, alors il a « travaillé dur pour y arriver. » Mais il se fait rattraper par le démon de la concupiscence et le paye cash !
C’est une pièce riche en rebondissements avec divers intérêts d’appréciation.
Les ravissantes Elodie Navarre et Roxane Duran sont parfaites dans leurs rôles de journaliste du Times et de stagiaire.

Ladislas Chollat nous offre une mise en scène avec des plans filmés au service d’un jeu efficace, un savoir-faire avec des décors épurés. Des bureaux « à l’américaine » aux cloisons amovibles, perchés dans les étages supérieurs d’un building, sont les lieux de l’action. Par instants, une bande-son s’insurge et ajoute un fluide rythmé à l’atmosphère.
C’est mené tambour battant avec une brochette de comédiens habiles et toniques.
Que d’énergie déployée !
La pièce de Beau Willimon (scénariste de House of cards la fameuse série télévisée) nous plonge dans le monde sans pitié des primaires à l’américaine.
A voir sans hésitation.
Une belle rentrée théâtrale à Hébertot.

Patrick Ottaviani 
(10/09/14)    



Retour
Sommaire
Une loge
pour le strapontin


















Théâtre Hébertot


78bis bd des Batignolles
75017 Paris


Réservation :
01 43 87 23 23







D'après Farragut North
de Beau Willimon

Mise en scène
Ladislas Chollat

Avec
Raphaël Personnaz
Thierry Frémont
Elodie Navarre
Roxane Duran
Julien Personnaz
Francis Lombrail
Jeoffrey Bourden
Adel Djemai