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Pierre-Augustin Caron de
BEAUMARCHAIS

Le mariage de Figaro


   Beaumarchais a 52 ans, lorsque le 27 avril 1784 est – enfin ! – créé au Théâtre de l’Odéon ce Mariage de Figaro où pétillent, à quelques pas de la Révolution française, les envies de liberté.
   Au théâtre 14, Jean-Paul Tribout met aujourd’hui en scène avec modernité ce grand classique, dans un espace libre, fleuri d’une déco XVIIIe siècle.
  
   Figaro, valet du comte Almaviva, va se marier avec Suzanne. Ils aménagent leur future chambre. Mais Suzanne confie à son fiancé que le comte a des vues sur elle. S’il est contrarié par la révélation, Figaro n’en est pas étonné, il le connaît bien son seigneur et maître, grand amateur de femmes.
   Ainsi est lancée la pièce. Deux nouveaux venus s’engagent sur le plateau. Il s’agit de Marceline amoureuse de Figaro qui demande au docteur Bartholo de l’aider à empêcher la noce par un chantage qu’elle fomente à l’adresse du comte. Car Marceline s’offrirait bien Figaro. Et Chérubin, le page, pourquoi pas la comtesse dont il est amoureux ?  Et Suzanne – même si l’on est à quelques heures de son mariage –, pourquoi pas le comte qui ne la laisse pas indifférente ? Et le comte, pourquoi pas Fanchette la fille de son jardinier ?

   Que d’envies! Chacun y salive de son appétit libertin. La gaudriole est vive, et les fariboles s’ensuivent en un mouvement pétillant où le badinage est roi. Toute cette friponnerie alerte et légère est convoyée avec un sens de la gaîté, sans inconvenance, tant rayonne l’ardeur de la fête.
   On peut imaginer rétrospectivement, les réticences de Louis XVI à autoriser ce spectacle dans un contexte d’époque tourmenté.

   On assiste à de beaux rebondissements. Comme ce monologue de Figaro (une belle performance d’Éric Herson-Macarel) qui se glisse au milieu de la gaudriole et rythme le spectacle. Enfant nous dit-il, il a été abandonné au pied des murailles d’un château et recueilli par des bohémiens. Par le biais d’une petite marque sur l’avant-bras, il apprend qu’il est le fils naturel de Bartholo et de Marceline.
   Mais, sous un autre angle, le monologue est prétexte à Figaro, d’être le porte-parole de la vox populi et des griefs accumulés contre la noblesse, lorsqu’il clame à l’adresse du comte ces mots relatifs à l’injustice sociale et à ses privilèges : « Noblesse, fortune, un rang, des places : tout cela rend si fier ! Qu’avez-vous fait pour tant de biens ? Vous vous êtes donné la peine de naître, rien de plus. »

   Les intrigues libertines sont bien construites, et les comédiens, en costumes d’époque, s’en donnent à cœur joie. On décèle, masqué par le grand paravent du badinage, les poussées d’une classe émergente, la bourgeoisie, et les signes avant-coureurs de la Révolution.
   Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais, symbole du siècle des Lumières, est le spectateur d’une actualité en mouvement et il nous fait part de ce qu’il voit et entend. Simplement, il observe et écrit son chef-d’œuvre visionnaire dont les personnages étaient déjà à l’œuvre dans Le barbier de Séville.
   A l’intérieur de ce tohu-bohu fripon, s’avancent la fin de la journée et le mariage de Figaro.
   Un bien sympathique spectacle qui, à petites gorgées, se laisse savourer.

Patrick Ottaviani 
(02/02/15)    



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Une loge
pour le strapontin










Théâtre 14


20 av. Marc Sangnier
75014 Paris

Location :
01 45 45 49 77




Mise en scène
Jean-Paul Tribout
  
Avec
Xavier Simonin
Éric  Herson-Macarel
Marie-Christine Letort
Jean-Paul Tribout
Agnès Ramy
Alice Safarti
Claire Mirande
Pierre Trapet
Thomas Sagols
Jean -Marie Sirgue
Marc Samuel

Lumières
Philippe Lacombe

Costumes
Aurore Popineau

Décor
Amélie Tribout