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Mark MEDOFF

Les enfants
du silence


Il fallait oser mettre en scène une pièce où alternent la langue parlée et la langue des signes. Pari réussi de Anne-Marie Étienne qui créé à la Comédie Française Les enfants du silence de Mark Medoff.

Dans une école de sourds et malentendants, arrive Jacques, le nouvel orthophoniste. S’il est d’emblée en phase avec Denis et Lydia, élèves surdoués, Sarah  le rejette. Ancienne élève devenue femme de ménage, elle ne s’intéresse qu’à la propreté, jusqu’à l’obsession, sorte d’écran protecteur qu’elle a dressé entre ce monde du silence où elle a son habitat et cet autre monde, celui de la langue parlée dont « les entendants » se servent pour communiquer.
Pourquoi devrait-elle apprendre la lecture sur les lèvres que Jacques cherche à lui enseigner ?

Sauvage et défiante, elle rejette l’orthophoniste sans complètement fermer la porte. Il l’intéresse, comme lui-même est interpellé par la résistance de Sarah. Jacques s’investit davantage à son égard, jusqu’à ce que l’amour cogne à la porte de leurs deux cœurs.
Ils se marient. Sarah devient madame Leeds.

Evidemment, ce chemin de l’un vers l’autre ne va pas sans quelques complications. Les antécédents familiaux des deux protagonistes sont très chargés. Celui de Jacques, dont la mère s’est suicidée après que son mari l’a quittée au bout de vingt-huit ans, ou celui de Sarah dont le père a fui dès qu’il a vu que sa fille était sourde. Et,  plus concrètement, il y a les jalousies des autres malentendants. Celle de Denis. Les provocations aguicheuses de l’intrépide Lydia à l’égard de Jacques.

Depuis toujours le théâtre interroge l’identité. Monter sur scène et incarner une histoire, un personnage, renvoie aux questions sur soi. En cela, la pièce est émouvante et courageuse. Presque un cas d’école sur le parler ou la différence avec l’autre. Faut-il être conforme ? Rentrer dans le rang ou préserver son silence – son habitat – vis-à-vis des « gendarmes » sociaux-culturels ?

Par sa direction d’acteurs, Anne-Marie Étienne sait nous connecter au monde des malentendants. Les personnages, pétulants et inventifs, drôles aussi, passent de séquence en séquence, comme dans un montage de film articulé avec souplesse. La scénographie minimaliste de Dominique Schmitt, avec ses alternances de cloisons sans nul objet, en dehors d’une table et quelques chaises, sous les lumières de Laurence Béal, laisse tout l’espace aux mots  avant leur éclosion en signes ou en phonèmes.

Françoise Gillard (excellente) toute minuscule, interprète avec une force poignante sa résistance émaillée de suppliques indirectes, de signes de colère et d’appels à l’aide maîtrisés. Laurent Natrella en orthophoniste est rigoureux et efficace.
La fin est bouleversante.

Les enfants du silence a été jouée dans le monde entier. La pièce de Mark Medoff ne donne ni leçon, ni solution. Elle interroge.
Un très beau moment d’intelligence.

Patrick Ottaviani 
(27/04/15)    



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Une loge
pour le strapontin










Théâtre du
Vieux-Colombier


21, rue du Vieux-Colombier
75006 Paris




Mise en scène
Anne-Marie Étienne

Avec
Catherine Salviat
Alain Lenglet
Françoise Gillard
Laurent Natrella
Nicolas Lormeau
Elliot Jenicot
Anna Cervinka

Décor
Dominique Schmitt

Costumes
Florence Emir

Lumières
Laurent Béal

Son et musique
François Peyrony

Maquillages et coiffures
Cécile Marchione

Assistante mise en scène
Raphaëlle Cambray

Assistante costumes
Siegrid Petit-Imbert

Conseiller en langue
des signes française
Joël Chalude