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Photo  Pacome POIRIER
La Méthode Grönholm

de Jordi GALCERAN




Trois hommes et une femme se retrouvent pour un ultime entretien avec leur futur employeur. Une femme sur quatre ! La proportion est conforme aux statistiques, vingt-cinq pour cent ou un peu moins pour les cadres dirigeants. Parce que le poste en question est un poste de dirigeant avec un salaire qui fait rêver au plus haut point. Seulement voilà, l'entretien n'est pas individuel, il est commun à nos quatre candidats. Après les tests, la direction prendra sa décision… Nous sommes là dans La Méthode Grönholm, édifiée par un Suédois, et nos personnages devront en subir les règles et le parcours. Chacun d'eux est un battant… Aucun ne tient à rater cette opportunité d'emploi.

Au cours de nos carrières nous avons tous vécu au moins une fois ce moment crucial : l'entretien d'embauche ou bien les entretiens d'embauche car souvent ils ne sont pas uniques. Nous avons tous en mémoire la nudité morale dans laquelle nous nous sommes retrouvés. Pourtant, de cela dépend une grande partie de notre avenir. Pour passer ce cap nous devons être aussi nus qu'un nouveau-né. C'est dans cette nudité que se retrouvent les personnages de La méthode Grönholm actuellement représentée au Théâtre Tristan Bernard ; une nudité exagérée par le fait qu'ils sont plusieurs à ce moment donné à devoir exhiber leur dénuement. La Direction des Ressources Humaines qui doit choisir l'un d'entre eux, a imaginé le pire !... La direction n'est pas présente pendant cet entretien, elle se contente de transmettre aux candidats ses tests par la voie d'une trappe dans laquelle des enveloppes contiennent les dictats de sa volonté. Des enveloppes qui dévoilent aussi parfois le plus secret de ce que sont intimement nos personnages.

L'un des premiers tests transmis par cette boîte aux lettres est de dénicher parmi les quatre candidats celui qui n'est pas des leurs, celui que la direction à parachuté parmi eux. Ils ne le découvriront pas mais cette question restera en suspens tout le long de la pièce.

Autre moment fort de ces tests, celui qui oblige nos candidats à porter un des quatre chapeaux imposés par le jeu de cette direction invisible : celui d'un clown, d'un homme politique, d'un évêque, d'un toréador. Ainsi affublé d'une nouvelle identité, chacun devra prouver qu'il est celui qu'il faut garder pour sauvegarder l'humanité. Cette tache est bien malaisée : l'humanité a-t-elle besoin d'un toréador, d'un homme politique, d'un clown voire d'un évêque ?... Dans les déchaînements d'arguments pour vanter les mérites de l'un ou l'autre, l'humour ne peut être qu'au rendez-vous.

La Méthode Grönholm de Jordi Galceran créée en 2003 a été jouée dans le monde entier et a acquis un succès international ; ainsi nous sommes heureux de découvrir que nous n'avons pas le monopole des Directions des Ressources Humaines les plus tordues du monde.

Sans vous dévoiler la chute de ce huis clos, je tremble à l'idée de vous imaginer, si vous vous rendez au Théâtre Tristan Bernard, suffoquer d'horreur en découvrant la conclusion de cette pièce… Que le plus nu d'entre vous se rassure, l'Adam à la recherche d'emploi de La Méthode vous attend au tournant. Il n'aura plus que la dérision pour revêtir un peu de décence.

L'interprétation remarquable de Marie Piton, Yannis Barbaran, Philippe Vieux et Lionel Abelanski donne tout son relief à ce drame ; chacun d'eux comme dans un quatuor nous offre à tour de rôle un solo de haut vol.

Le décor simple, quelque peu années soixante, habille le piège de cet entretien avec la nudité qui convient.

On ne va jamais suffisamment armé à un entretien d'embauche, on pense que nos tripes suffisent, La Méthode Grönholm pourrait donner d'autres idées….

David Nahmias 
(03/04/11)    



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Une loge
pour le strapontin











Théâtre Tristan Bernard

64 rue du Rocher
75008 Paris

Location :
01 45 22 08 40




Mise en scène
et adaptation
Thierry Lavat

Avec
Lionel Abelanski
Yannis Baraban
Marie Piton
Philippe Vieux