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Gallimard / Série Noire

(Nouvelle édition : Novembre 2021)
304 pages - 14 €

Mort d'un pourri


Un roman de Raf VALLET
(1972)

Un film de Georges LAUTNER
(1977)



La Série Noire a eu la très bonne idée de rééditer deux romans de Raf Vallet qui ont été adaptés au cinéma et qui ont en commun la dénonciation de la collusion entre la politique, les affaires et le banditisme dans les années 60-70, même si l’un est écrit du point de vue d’un truand et l’autre du point de vue d’un policier. Chaque roman est accompagné d’une intéressante préface inédite, de Nicolas Le Flahec pour Mort d’un pourri et de Gilles Magniont pour Adieu poulet !

L’auteur
Jean Laborde (1918-2007) est devenu journaliste et plus particulièrement chroniqueur judiciaire pour France-Soir puis L’Aurore ce qui lui a donné l’opportunité de suivre au plus près tous les grands procès pendant les décennies qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale, une période politiquement et socialement troublée : guerre d’Algérie, OAS, SAC, grands projets d’urbanisme autour des villes, réseaux politico-financiers, Mai 68, mouvement hippie, développement exponentiel du trafic de drogue… Les sujets ne manquaient pas pour une nouvelle génération de romans policiers plus politiques et Jean Laborde ne s’en est pas privé écrivant une bonne trentaine de romans d’abord sous son patronyme à partir de 1954, puis sous le pseudonyme de Jean Delion à partir de 1964 et enfin Raf Vallet après 1972.

Mort d’un pourri.
Le livre
Comme le dit un journaliste dans les premières pages, « c’est un pourri tué par un autre pourri ». Celui qui est mort s’appelle Serrano. C’était, entre autres un promoteur immobilier milliardaire qui servait d’intermédiaire dans de multiples affaires de tous genres entre les entrepreneurs, les élus, les membres du gouvernement, les mafieux… et qui avait la fâcheuse manie de noter chaque soir dans un gros cahier le déroulement de sa journée avec les détails sur les personnes rencontrées et tous les chiffres concernant les opérations où il intervenait. Ce cahier renferme des informations brûlantes. « De quoi garnir Fresnes avec le Who’s Who. » « Si Serrano avait eu le temps de s’en servir, le Conseil des ministres se tenait à la Santé. » C’est pour ce cahier qu’il a été tué par un autre pourri, député corrompu et magouilleur professionnel, Philippe Dubay, qui se rend compte en lisant les documents qu’il va déchaîner une monstrueuse chasse au trésor. Il se confie à Xavier, son bras droit, son confident depuis la guerre d’Algérie, son ami à la vie à la mort. Il lui indique où sont les documents et Xavier doit organiser la défense pour que tout le monde ignore que Dubay a tué Serrano et qu’il détient le cahier explosif. Mais les informations circulent vite et le tueur est tué à son tour.
Xavier se retrouve seul avec les documents de Serrano, face à tous ceux qui désirent les récupérer, pour les détruire ou les utiliser. Ils sont nombreux, violents, riches, puissants et prêts à tout. Xavier va tenir tête à tous avec un seul objectif : savoir qui a tué Dubay et l’éliminer. L’amitié au-dessus de tout. Quant aux documents, il verra plus tard, après avoir rempli sa mission d’honneur.

 

Le film
Le roman est de 72, le film de 77. Georges Lautner est déjà un réalisateur à succès, depuis 1958 il a réalisé plus d’une vingtaine de films (Les tontons flingueurs, Le monocle rit jaune, La grande sauterelle, Le Pacha…) dont plusieurs avec Michel Audiard comme scénariste qui va ajouter quelques formules percutantes aux dialogues déjà vifs de Raf Vallet pour dénoncer le rôles du pouvoir politique : « En attendant qu’ils installent l’internationale du prolo, on a mis en place l’internationale du pognon. C’est un peu plus sérieux, croyez-moi. Des mots comme "belligérants" ou "alliés" n’ont plus de sens. Nous n’avons plus d’amis, nous avons des partenaires. Nous n’avons plus d’ennemis, nous avons des clients. Le Capital ne connait plus de frontière. »
Autour d’Alain Delon, qui produit le film, la distribution est de qualité : Ornella Muti, Stéphane Audran, Mireille Darc, Maurice Ronet, Michel Aumont, Jean Bouise, Daniel Ceccaldi, Julien Guiomar, Klaus Kinski, François Chaumette, Henri Virlogeux…
Alan Delon est un Xavier convaincant, écœuré par le monde glauque où il évolue depuis qu’il est au service de Dubay, désabusé mais fidèle en amitié et qui n’a plus qu’un seul but : retrouver le meurtrier de Dubay (devenu Dubaye dans le film).
Comme dans toute adaptation, quelques personnages disparaissent ou se transforment. Ainsi Valérie, qui accompagne Xavier tout au long du roman était la fille de Serrano, le pourri assassiné, mais dans le film c’est une jeune maîtresse de Dubaye interprétée par Ornella Muti actrice italienne (qui ne parlait pas français) et qui, à vingt-deux ans avait déjà une vingtaine de films à son actif dont certains avec Buñuel, Dino Risi ou Marco Ferreri…
Un nouveau personnage apparaît, Nicolas Tomski, le grand parrain mafieux obéi par les voyous et craint par les politiques qui lui doivent leur argent et leur poste. Cet homme à la poigne de fer est magistralement interprété par un Klaus Kinski distant et méprisant.
Quelques scènes sont ajoutées comme une poursuite en camions ou une partie de chasse dont les canards ne sont pas les seules victimes.
La fin aussi est différente, Lautner est moins sentimental que Raf Vallet…
Quant à la musique de Philippe Sarde interprétée au saxo par Stan Getz, c’est une belle ambiance dès le générique !

 

Simultanément paraît Adieu poulet !

Le livre (1974)
Accusé de corruption par la directrice d’une maison close et non soutenu par sa hiérarchie, le commissaire Germain Verjeat devient le bouc émissaire de tous les policiers véreux pour un juge d’instruction très légaliste.
Lassé de ce système pourri où les notables et les politiciens fréquentent le milieu et manipulent les juges, Il décide de monter un gros hold-up pour partir les poches pleines.
D’autre part, comme dans Mort d’un pourri, il a accumulé des documents (dont certains empruntés aux Renseignements Généraux), pour assurer ses arrières, obtenir le silence des uns et compromettre les autres.
Il peut compter sur le soutien et la coopération de l’inspecteur Maurat qui partage son dégoût pour la façon dont le pouvoir utilise la police.

Le film (1975)
Pierre Granier-Deferre (1927-2007) s’est encore plus éloigné du roman que ne l’a fait Lautner. Il a repris le personnage du commissaire Verjeat mis en cause par sa hiérarchie mais il a construit une intrigue beaucoup plus politique. Pas de préparation de hold-up ici mais une enquête pour prouver la responsabilité d’un notable local, candidat à une élection, dans l’assassinat par un de ses hommes de main d’un policier et d’un colleur d’affiches.
Maurat a été remplacé par l’inspecteur Lefèvre, véritable chien fou, sans aucune limite, et le film repose sur le magnifique duo que forment Lino Ventura et Patrick Dewaere. La force tranquille de Ventura associée à la folie facétieuse et désabusée de Dewaere face à la faconde souriante d’un Victor Lanoux, hâbleur et cabot, parfait en homme politique véreux sans oublier Julien Guiomar en chef de la police criminelle soumis aux ordres venus d’en haut et Claude Rich en juge inflexible sur l’honneur de la police. Une belle distribution…

 

Pour aller plus loin

Une dizaine de romans de Jean Laborde ont été adaptés au cinéma. Citons-en quelques-uns :

Les bonnes causes en 1963 par Christian Jaque avec Bourvil.

Pouce ! devenu Le Pacha de Pierre Granier-Deferre, avec Jean Gabin.

Les assassins de l’ordre en 1971 par Marcel Carné avec Jacques Brel.

Serge Cabrol 
(01/02/22)    



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Le livre / Le film


Raf Vallet
(1918-2007)
Biographie sur Wikipédia



Georges Lautner
(1926-2013)
Biographie sur Wikipédia














Gallimard / Série Noire

(Nouvelle édition : 2021)
272 pages - 14 €