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Nathalie AZOULAI

Python


Et si le code était l’autre nom de la jeunesse et de l’amour ?

Ce sont des programmeurs qui font marcher les ordinateurs du monde entier. Les ordinateurs ne comprennent pas notre écriture, notre langue. Les codeurs, ils seraient plus de vingt millions et leur nombre ne fait qu’augmenter, sont là pour traduire notre langage dans celui de la machine.  Il y aurait plus de sept mille codes ; l’Unicode qui traduit tous les alphabets, et beaucoup d’autres comme Python, Java, Ruby, HTML, sharp, PHP, CSS, Kotlin, Swift, plus que de langues humaines …

Mais la question qu’est en droit de se poser le lecteur, surtout s’il a comme moi un rapport magique aux machines, s’il est dans la crainte, l’incompréhension, l’émerveillement total face à la fée électricité, face aux ondes sonores de la radio, encore plus quand elles s’accompagnent d’images dans nos étranges lucarnes ou dans les salles obscures, oui la question que l’on se pose tout au long du roman de Nathalie Azoulai et que sa narratrice, écrivaine et lucide se pose aussi,  est :  est-ce vraiment le code, en l’occurrence ici  Python, qui la passionne tout à coup ou Boris, le fils d’un de ses amis, tout « entier à sa proie attachée ? » J’ose évoquer ici les mânes de Racine et sa Phèdre, puisque que la narratrice le fait et que c’est de passion dont il va être question.

Environ toutes les dix secondes, mes yeux le cherchent : ses cheveux lui mangent tout le front, ses joues se sont légèrement creusées, ses yeux cillent à peine. Seuls ses doigts bougent, il code. Comme dans le triangle stendhalien, posséder ce que désire celui ou celle qu’on désire va forcément vous faire désirer ! Mais le Python ne se laisse pas dompter comme ça !

La narratrice va plonger dans le monde trentenaire des geeks où elle pense que la testostérone règne en maître même si plusieurs de « ses passeurs » sont des jeunes femmes, dont Margaux, la petite amie de Boris ! Plus elle essaie de comprendre et plus ça se complique  et plus le lecteur se demande comment peut-on être codeur et coder, coder sans trêve ni repos !

La narratrice a une amie, un double en miroir, Marion est une lettrée devant l’éternel : elle enseigne la littérature depuis trente ans, elle aime le latin, elle transporte avec elle tout un monde, des valeurs, un goût, une forme d’intégrité. Elle incrimine la surveillance, le contrôle fasciste, la pression des réseaux sociaux. Elle confisque tous les portables de ses élèves quand ils entrent en classe. Quand Marion demande à la narratrice pourquoi elle renonce à tout ce qu’elle aime, la narratrice se crispe : Je reste interdite, ma gorge se serre. Je bois un peu de vin, je réplique qu’on ne peut pas rester étanche à tout ça. Si, dit Marion.

Mais Marion n’a pas flashé sur Boris, Marion ne semble pas voir le temps passer, la jeunesse foutre le camp, l’amour avec.

On apprend beaucoup de choses sur le code dans cette quête mais aussi que les trentenaires de maintenant peuvent ramener loin, loin en arrière, ce qui est un comble pour qui se veut moderne et que, comme le chantait Barbara, décidément le temps qui passe ne se rattrape pas.

Je sais que tes amours sont mortes
Je suis revenue, me voilà
Ils t’ont récité leurs poèmes
Tes beaux messieurs, tes beaux enfants
Tes faux Rimbaud, tes faux Verlaine
Eh bien, c’est fini, maintenant.

Sylvie Lansade 
(22/04/24)    



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Lectures







Nathalie  AZOULAI, Python
P.O.L.
(Janvier 2024)
240 pages - 20 €








Nathalie Azoulai
a déjà publié
une dizaine de romans.


Bio-bibliographie
sur son site :
nathalieazoulai.com