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Philippe BONILO


Pauline ou l’enfance


Pauline est une petite fille qui a joué un rôle essentiel dans la vie du narrateur. « Je ne serais en effet pas l’homme que je suis aujourd’hui dans ce que j’ai de meilleur, si je n’avais été dans mon enfance, l’ami de cette petite fille. »

Trente ans après avoir quitté la région, le narrateur revient à Louhans, en Saône-et-Loire, pour essayer de savoir ce que cette petite fille est devenue, sans doute mariée, mère de famille.

Il retrouve le village de son enfance, Les Talus, et l’épicerie-café familiale aujourd’hui abandonnée et très abîmée. Son père était épicier ambulant. « Tous les matins, en dehors du dimanche, il partait faire sa tournée et revenait tard dans la soirée. » « Jamais je n’étais plus heureux que les jours, c’était habituellement le jeudi ou le samedi, où mon père me prenait avec lui dans le camion. »

C’est au cours d’une tournée avec son père qu’au lieu-dit Les Rippes, il voit pour la première fois Pauline. Elle est là pour les vacances de Pâques chez sa grand-mère Germaine, cliente régulière du camion, et avec qui le narrateur entretenait une relation très forte. « Mes deux grands-mères étaient mortes avant ma naissance. L’affection que je n’avais pu leur donner et qui pour cette raison tournait à vide dans mon cœur avait trouvé en la personne de cette vieille femme une merveilleuse occasion de s’employer. » Mais pour le narrateur cette relation était unique et exclusive. La présence de cette petite fille était insupportable. Et pourtant elle l’étonnait et le troublait. « Certes je connaissais d’autres filles : mes cousines, les sœurs de Pierre ; quelques filles d’agriculteurs, qui étaient comme des garçons, en moins intéressantes. Je ne raffolais pas de cette société. Mais celle-là, malgré la jalousie qu’elle m’inspirait, m’intriguait : elle était d’un genre nouveau, un être à part entière. Je la supposais douée de pensée et de sentiments, et animée d’une volonté propre, privilège rarement accordé aux inconnus. »

Son cousin Pierre, qui a le même âge que lui, vient passer ses vacances aux Talus et le narrateur en est toujours ravi. Mais cette fois-ci tout est perturbé quand Pauline accompagnée par son père fait son entrée dans la cour. Germaine trouvait que ce n’était pas raisonnable qu’une petite fille passe ses journées avec une vieille dame quand un enfant de son âge habite à proximité. Les parents se sont mis d’accord pour qu’ils puissent jouer ensemble.  « Cet été-là se mit en place entre Les Rippes et Les Talus un va-et-vient qui devait se maintenir des années, nos pères sans trop se faire prier prêtant leur concours à cette logistique du bonheur. Sur une période s’étalant du cours préparatoire à mon entrée au collège, je n’ai vécu que dans l’attente de mes deux amis. »

L’essentiel du livre réside dans la fascination que Pauline, passionnée par la danse, exerçait sur les garçons et plus particulièrement sur le narrateur.  Pierre, le cousin, avait un comportement complexe et imprévisible, avec de violents accès de tristesse. « Il n’en parlait jamais mais nous savions que la vie chez lui n’était pas drôle. Ses retours à Bourg étaient vécus comme autant d’arrachements. Peu de temps avant la date fatidique de son départ, je l’entendais depuis mon lit s’agiter dans son sommeil. Quand, le jour venu, en fin d’après-midi, il prenait place dans la Dauphine, ayant la banquette pour lui seul, il avait beau faire le brave, on voyait bien qu’il était triste à mourir. »

Au fil des chapitres, on accompagne leurs jeux, leurs promenades dans la nature environnante, on suit l’évolution de leurs relations, jusqu’à ce qu’ils se perdent de vue. Aujourd’hui, trente ans plus tard, le narrateur vient retrouver Pauline en espérant qu’elle habite toujours la région…

Voilà un court roman très agréable à lire, plein d’émotion et de souvenirs, qui fait réfléchir le lecteur aux relations qu’il entretient avec sa propre mémoire. Que sont devenus ceux et celles qui ont joué un rôle important pendant notre enfance ? Que nous ont-ils apporté ? En quoi ont-ils influé sans le savoir sur le cours de notre vie ? Quelles traces ont-ils laissées en nous ? La démarche du narrateur nous entraîne dans son sillage…

Serge Cabrol 
(22/04/24)    



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Arléa

(Avril 2024)
120 pages - 19 €














Philippe Bonilo
Pauline ou l’enfance
est son premier roman.