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Gil BLONDEL

Une vie facile



De mes vingt-cinq à mes trente ans, j’ai raconté ma vie sur les réseaux sociaux. Les gens trouvaient ça drôle. Mais j’ai fini par ne plus savoir quoi raconter. Il fallait bien que ça s’arrête un jour, ma vie n’était pas si intéressante que ça. En relisant ces cinq années d’écritures, je me suis dit que ce serait bête de laisser mourir tout ça dans le cloud. Alors j’ai viré ce qui était nul, j’ai ordonné ce qui restait et j’ai mis des numéros de chapitre pour faire sérieux. Bonne lecture.

Eh bien oui, c’est une bonne lecture et c’est drôle, très caustique, le narrateur n’épargnant pas son sujet de prédilection : lui. À la première personne il se moque de ses travers, de sa paresse scolaire, de son addiction au cannabis, aux jeux vidéo, de ses mensonges pour enjoliver sa vie qu’il trouve sans intérêt, de son enfance et son adolescence surprotégées, de sa couardise, de son voyage au Pérou, de son expérience de travail dans un supermarché pendant qu’il subit sa vie d’étudiant. Mais en se moquant de lui il égratigne la sale mentalité de sa boîte privée, les privilégiés qui voyagent et se gobergent sur le dos de la misère, les bizutages fascistes, les mauvais profs, le système marchand d’une grande surface, le sport et ses valeurs néo-libérales, les pianos en libre-service pour "poétiser" le quotidien merdique, le déni du changement climatique, bref, l’ironie dont il utilise à son égard glisse forcément sur le monde qui l’entoure et on jubile de retrouver sous la plume de ce clown désespéré nos propres agacements devant nos manquements, nos maladresses, et notre propre inaptitude dans ce monde fou.

J’aime surtout les très courts chapitres qui sont non seulement hilarants mais font de Gil Blondel un cynique attendrissant quand il raconte qu’il ne se souvient pas de son numéro de téléphone, quand il cafouille entre bonjour et bonsoir et dit bonj…oir, quand il veut offrir un hamac à Elon Musk, quand il veut retrouver Caroline, sa première interlocutrice d’un SAV électronique et quand il s’insurge à juste titre comme ici :
S’il y a bien un truc que je ne supporte plus dans le monde moderne, ce n’est pas la pollution, les guerres ou les inégalités sociales. Si on s’attarde sur ce genre de petits détails, on n’avance pas. Non, s’il y a bien un truc que je ne supporte plus, ce sont les inscriptions humoristiques qui ornent les devantures des cafés de tous les centres-villes occidentaux. Croyez-moi, ces petites blagounettes commerciales rongent lentement mais sûrement les fondements de notre intelligence collective.

Et je soupçonne notre Belge plein d’humour d’en profiter pour nous citer avec délectation quelques-uns de ces chefs-d’œuvre bien connus :
« Tous les chemins mènent au rhum »
« Tout travail mérite sa bière »
« Ici la pression, on ne l’accepte pas, on la boit »

J’adore alors son cri d’homme justement révolté : Hahahaaaaaagh… que je partage pleinement !

Sylvie Lansade 
(15/11/24)    



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Paul & Mike

(Septembre 2024)
156 pages - 15 €








Gil Blondel
né à Bruxelles,
s’est fait connaître
sur internet
sous le pseudo
d’Un Faux Graphiste.


Voir sa page Facebook : Un Faux Graphiste