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Katy HAYS

Le Cloître

Voilà un roman que j’ai dévoré en deux jours. Un page-turner efficace, peut-être un peu trop calibré, au twist final imparable. Un vrai roman de détente qui brasse les thèmes attendus de l’ambition, de l’émancipation, de la mémoire perdue et retrouvée, sur fond d’universités américaines et d’amitié biaisée. Le genre de bouquin parfait pour apprécier un week-end pluvieux.
 
Je suis toujours frappée par la fascination qu’exerce le Moyen-âge sur l’imaginaire des étatsuniens. Dans Le Cloître, nous évoluons dans le musée The Cloisters, situé à Manhattan. Ce musée est constitué de plusieurs bâtiments français, il s’agit d’un composé d’abbayes provenant principalement du sud de la France. Le musée abrite aussi des collections d’objets médiévaux, châsses, chapiteaux, tableaux… La narratrice, Ann, est embauchée dans ce musée pour l’été, après avoir été refusée par le Met, qui devait initialement l’accueillir.
 
Ann débarque de sa petite université sans prestige, elle est comme une provinciale émerveillée dans New-York, et mène une vie précaire, dans un appartement à la climatisation défaillante. Elle est sous la tutelle de Patrick, le conservateur, et fait des recherches avec Rachel, riche héritière new-yorkaise, étudiante brillante. Ann a perdu son père, il a été fauché sur la route par une voiture qui a pris la fuite. L’enquête n’a jamais abouti. C’est pour elle un traumatisme terrible, à tel point qu’elle a perdu la mémoire des quelques jours qui ont précédé et suivi ce décès. Rachel, elle, a perdu ses parents dans le chavirage de leur bateau. Ces deuils semblent rapprocher les deux étudiantes, qui deviennent amies. Un jeu de tarot du XVe siècle devient l’obsession des trois protagonistes principaux : Patrick, Rachel et Ann. Dans ce trio vient se glisser Léo, le jardinier du Cloître, musée dans lequel on cultive les plantes médicinales et autres simples que l’on trouvait dans les abbayes.
 
La fascination que les tarots exercent sur les protagonistes est multiple : recherches historiques, mais également questionnement sur ce que peuvent « dire » les cartes. Les cartes ont-elles d’abord servi à jouer avant que l’on s’en serve pour prédire l’avenir ? L’avenir est-il écrit ? Peut-on le décrypter dans les lames illustrées de symboles mythologiques et cosmologiques ? Peut-on avoir, face au tarot, la même attitude au XXIe siècle qu’au Moyen-âge ? Comment des universitaires de renom, ou en passe de se faire un nom, peuvent-ils céder à la pensée magique ? Ann est celle qui, dans le trio de chercheurs, garde à peu près la tête sur les épaules, avant de penser-croire-se persuader qu’à chaque fois qu’elle tire les cartes, elle a une compréhension immédiate, non pensée, simplement ressentie, de la signification du tirage.
 
Il y a deux manières de lire ce roman, comme tous les romans traitant plus ou moins d’ésotérisme, de divination, de magie, et toute cette sorte de choses. La première est d’adhérer sans arrière-pensée au déroulé de l’histoire, la seconde de raison garder. Toujours est-il que Patrick, Rachel et Ann se prennent au jeu, jusqu’à organiser des séances de divination dans les murs du musée, autour d’une table éclairée par des candélabres. Jusqu’au meurtre, qui, lui, a des motifs plus pragmatiques. On a toujours besoin de croire à quelque chose qui nous dépasse dit, en substance, un des personnages. Le lecteur, lui aussi, a parfois besoin d’une intrigue somme toute bien menée, basée sur des croyances ancestrales. En fin d’ouvrage, comme pour enfoncer le clou sur la part magique des réactions des personnages – et la nôtre ? –, Katy Hays nous donne une grille de lecture et d’interprétation des tarots selon Ann, sa narratrice.
 
Bref, j’ai passé un très bon moment à lire ce roman. Ce que j’ai préféré dans cette lecture, c’est, je crois, l’évocation d’un endroit médiéval dans Manhattan, et les références à la pré-renaissance – Ferrare et la maison d’Este, par exemple. Et j’ai lu comme un clin d’œil de l’autrice – mais je ne suis pas sûre que ce soit un clin d’œil – le fait de voir apparaître dans l’intrigue une édition de poche du Nom de la rose d’Umberto Eco, référence « obligée » quand on écrit une fiction sur fond de monde médiéval. Dans Le Nom de la rose, l’acuité de l’enquêteur Guillaume de Baskerville est au contraire moderne, scientifique, anticipation des méthodes d’élucidation rationnelle de Sherlock Holmes. Dans Le Cloître, toute la narration concourt à faire basculer le lecteur du côté magique de la force… Sans rien spoiler, je donne ici le dernier tirage de la narratrice pour Rachel : les quatre As et le Diable. Que croyez-vous qu’il advint ?  

Christine Bini 
(20/03/24)    
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Livre de Poche

InÚdit
(Mars 2024)
416 pages - 13,90 €




Traduit de l’anglais
(Etats-Unis) par
Carole Delporte
et Florence Noblet









Katy Hays

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(en anglais)
www.katyhays.com/