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Marto PARIENTE


La sagesse de l’idiot


Le soleil s’était mis à briller de mauvaise humeur.
Marto Pariente

« Et puis, parce qu’une bonne anecdote l’exige, j’enjoliverais la réalité par quelque pieux mensonge. » déclare Toni, le narrateur, dans La sagesse de l’idiot. L’auteur du roman semble faire tout le contraire, raconter une réalité bien noire, si noire qu’elle en est secouée d’humour.

Toni est policier municipal à Ascuras, proche du mot espagnol oscuras, qui veut dire sombre, obscure. « Parfois, je me disais que si le village était… comment dire, une personne, quelqu’un comme moi, il aurait l’air d’un type perdu au milieu de nulle part, la main en visière sous un soleil de plomb ou sous la pluie, selon l’époque de l’année. Dans tous les cas, un pauvre type déboussolé, les chaussures sales, et qui ne saurait pas bien où aller. Enfin, vous voyez ce que je veux dire, il se peut que je ne parle pas seulement du village… » La vue du sang le fait s’évanouir et son poste de policier est menacé, surtout par Para, conseiller municipal. « Et puis merde, un corps de police d’un seul policier, ça sert à que dalle. Et putain, encore moins si le flic, c’est ce débile de Toni Trinidad. » Toni signifie pourtant inestimable, en tout cas ici mésestimé.

Toni a une sœur, Véga.  « Vega n’est pas très stable, pour le dire comme ça. Disons les choses, elle ne tourne pas rond. Rien de plus normal s’agissant de ma sœur, après tout… c’est une question de gènes, quand on a les gènes de travers, pas moyen de les remettre d’aplomb. » Ce n’est pas seulement les gènes qui sont la cause de sa personnalité troublée, il y a « La Maison jaune » dirigée par Avellano et Chimo  qui expliquent beaucoup de choses ; l’Avellano de son enfance et Chino, son mari. Vega est l’étoile la plus brillante de la constellation de la Lyre. Dans cette histoire elle a chu, sombré un peu dans l’alcoolisme. Toni narre les mésaventures de sa sœur à la deuxième personne. « Tu roules au pas à travers le village, tu prends mentalement congé de tout ce qui t’est familier. La décision est prise. Demain, tu vas en niquer quelques-uns avant de prendre le large. » Bien sûr, cela ne se passe pas comme prévu.

Véga veut berner l’Apiculteur, le trafiquant de drogue complètement barjot et cruel, mais il y a Rocha, l’inspecteur de la brigade anti-drogue, qui veut faire une grosse saisie avec son indic infiltré Trejo, il y a aussi le tueur à gages prédicateur et puis il y a Triste, l’idiot du village, l’ami de Toni, celui qui n’a pas voulu vendre sa parcelle au promoteur immobilier et qui se suicide, c’est étrange… Tout se mélange et les péripéties des uns et des autres alternent, rendant la narration vive et la lecture galopante, tandis que Toni, le phobique du sang, en prend plein la tête…

La Sagesse de l’idiot, expression d’Antonio Machado, (on ne sait qui de Triste ou de Toni ?) est un très bon roman qui joue beaucoup avec les codes, notamment charger les personnages à l’extrême (toujours tout pour les mêmes) et où on rit beaucoup, jaune, bien sûr, humour noir oblige.

Michel Lansade 
(22/01/24)    



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Noir & polar








Gallimard / SÚrie Noire

(Janvier 2024)
336 pages - 20 €


Traduit de l’espagnol par
Sébastien Rutès










Marto Pariente
est né à Madrid en 1980. La sagesse de l’idiot
est son premier roman
traduit en français