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Javier ZAMORA


Solito


Je n’ai pas pleuré. Je n’ai pas envie de pleurer. Mon cœur bat vite. Très vite. Plus vite qu’au moment de l’hélicoptère. J’ai mal au ventre. Aux jambes. Partout. Ma peau est brûlée par le soleil. Mes lèvres craquelées.

 Javier, neuf ans, salvadorien, va tenter de rejoindre ses parents qui ont émigré clandestinement à « las Americas ». Ses parents ont enfin pu réunir la somme qui va faire venir le passeur chez les grands-parents où Javier a toujours vécu.  Son grand-père l’accompagne, à ses frais, jusqu’à la frontière mexicaine dans le petit groupe de départ en partance pour l’exil.

On vit ce très long et douloureux périple avec les yeux de Javier, son corps de neuf ans, son espoir, ses découvertes, la nostalgie qu’il a tout de suite de sa grand-mère, de sa tante, de son école, le fait qu’il faut taire sa vraie identité, l’apprentissage de ce qu’il devra raconter à « la Migra », la peur de l’inconnu, des inconnus mais aussi l’excitation du voyage, de revoir sa Maman dont il se souvient un peu et de connaître enfin ce père qui lui est presqu’étranger. Il va d’abord avoir l’agréable surprise de découvrir un grand-père aimant, dont il avait eu peur jusqu’à maintenant. Les arrachements qu’il doit vivre tout au long du parcours, son village natal et ceux qu’il aime, son grand-père qui le confie à un homme qui s’enfuira sans jamais s’occuper de lui, sa fausse famille qui va être, tout au long des épisodes terribles du voyage, son seul recours : une jeune femme et sa fille et un jeune homme qui essaient comme lui de rejoindre leur rêve américain et vont devenir des parents de substitution.

 C’est un dur apprentissage que fera Javier mais le lecteur est emporté par la force, la détermination de ce petit bonhomme, sa capacité intacte d’émerveillement devant la beauté d’une nuit étoilée, des cactus, des couleurs du désert, d’une bonne tortilla et surtout son généreux, immense amour du prochain. Quel merveilleux exemple d’humanité quand il se retrouve entassé avec d’autres migrants dans des abris insalubres, des appartements étouffants, sans connaître la date du prochain départ,  sur des bateaux précaires, à la queue leu leu dans le désert où il faut marcher sans s’arrêter pendant des heures, dans le froid de la nuit, la brûlure du jour, courir, passer dessous ou par-dessus des barbelés, entassés dans des camions ou dans les cages de « La Migra » sans jamais, justement, ni se plaindre ni désespérer de l’humanité, avec confiance, amour, espoir en un monde meilleur.  Une leçon que nous raconte Javier devenu adulte et qui n’a rien oublié de ce qu’il a vécu.

Sylvie Lansade 
(23/12/24)    



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Lectures








Gallimard

(Octobre 2024)
496 pages - 25 €

Folio
(Juin 2026)
592 pages - 11,20 €

Traduit de l'anglais
(États-Unis) par
Carole d'Yvoire




Javier Zamora

Bio-bibliographie
sur son site
javierzamora.net