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Mohed ALTRAD

Le désert en partage



Le roman débute à Alep en juillet 2015, pendant la guerre civile syrienne. L’auteur nous plonge dans le fracas des roquettes, le choc sourd des obus, « la poussière qui ensevelit jusqu’au bruit », « l’odeur métallique de sang frais des morts du jour mêlé au sang séché des morts anciens », un enfer. La mort peut venir de partout. Mais l’unité sanitaire composée de deux infirmières, d’un médecin interne et de bénévoles pour aider, cherche à secourir les blessés. C’est là que Nour, infirmière, est touchée par une balle. Lui porter secours, la mettre à l’abri des tirs, chercher de l’aide dans ce chaos semble insurmontable mais Younès, le médecin va tout faire pour la sauver. Cette progression dans les décombres, ce combat entre la vie et la mort, l’auteur les a distillés en douze autres fragments qui ponctuent tout le roman.

Le découpage en fragments qui éclatent la chronologie touche également la vie de Rihad, le personnage principal, ambivalent et insaisissable.

Rihad est un exilé syrien, originaire du désert des plateaux de la Djézireh. Il part en France pour faire des études de chimie qu’il abandonne. La littérature l’intéresse mais il ne maîtrise pas la langue suffisamment pour s’engager dans cette voie. Il s’engage alors dans des études d’histoire et s’intéresse à Haroun al-Rachid. Il rencontre Pasquale, un corse qui deviendra son ami. C’est un latiniste passionné par Sénèque qui présentera sa thèse sur le théâtre de Sénèque. C’est en l’écoutant que Rihad comprend qu’il n’est pas fait pour soutenir une thèse. Il rencontre par hasard madame Blanche qui lui offre une chambre et sa généreuse amitié. Une autre rencontre le mène jusqu’à épouser Maud.

Bien que Rihad ne se sente pas à sa place dans ce milieu, le voilà acquéreur d’une usine en faillite. Mais il ne poursuit pas le profit. « Il avait une vision et poussait sa firme dans la direction de cette vision, mais cela n’entrait pas dans les canons économiques. Son but était d’une autre nature. » Une autre rencontre sera décisive, celle d’un mécène qui va investir dans son entreprise. Voilà Rihad à la tête d’un solide réseau. Il attire de nouveaux investisseurs, il acquiert du crédit, du pouvoir, on le respecte.  Il fera le tour du monde car il a fondé une firme de réputation mondiale.

« Je me sens libéré, je me sens grandir. […] en construisant mon entreprise, je me construis. À l’inverse, mes expériences avec les femmes ne m’ont pas convaincu. »

Rihad a quitté Maud, puis Gahlia. Il rencontre Nour à Dubaï. Ils s’aperçoivent qu’ils viennent tous deux de Syrie, qu’ils sont du même village. Ils tombent amoureux mais Nour est mariée et vit en Syrie. Les rencontres seront régulières mais espacées, « épisodes de départs et de retrouvailles, fidélité mutuelle des solitudes partagées ». Pendant tout le roman, on se demande si leur amour pourra surmonter cette distance dans le temps et l’espace, les maladresses, les non-dits.

La fragmentation dans la construction du roman est à l’image de la difficulté de Rihad « à faire tenir ensemble toutes ses parties pour être soi à jamais ».

L’auteur décrit ainsi son roman : « Il conte des vies qui vont, viennent et s’entrecroisent. […] on s’applique à tromper sa solitude, à la perdre dans le labyrinthe du temps. […] les solitudes se croisent, se frôlent, rêvent de se rencontrer mais se dérobent finalement, retournant à leur désert, à ces terres inoccupées de l’âme qu’elles ont en partage. »

Le personnage de Rihad ressemble beaucoup à l’auteur. Toutes les épreuves qu’il fait traverser à son héros, l’auteur les a connues, les a vécues douloureusement.

Nadine Dutier 
(17/03/25)    



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Actes Sud

(Février 2025)
304 pages - 22 €

Version numérique
16,99 €








Mohed Altrad,
d’origine syrienne, vit depuis de nombreuses années en France où il est devenu un riche entrepreneur. Le désert en partage est son quatrième livre chez Actes Sud.

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