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Reine BELLIVIER


La hideuse


Magnifique premier roman, délicat et étonnant pour tenter de comprendre pourquoi une femme, Marguerite, mère de famille, quitte un jour le domicile conjugal sans plus jamais donner aucune nouvelle.

Dans les années 1950, la liberté et l’indépendance des femmes ne sont pas encore acquises. Leur vie est tracée à l’avance : se marier, avoir des enfants, s’occuper de la maison, reproduire chaque jour les mêmes gestes, laver et consoler les enfants, cuisiner pour les nourrir, ranger, nettoyer, s’occuper du mari…

« Ce soir-là, de retour du bourg où tu as passé la journée à garder des enfants ou faire des ménages, tu retrouves un vallon déjà sombre. Je crois que, pour la première fois, tu n’as pas envie de rentrer. Tes pensées s’affolent, cognant contre deux écueils, la terreur de rentrer et l’impossibilité de fuir. Tu évites de regarder les fenêtres noires, où tu redoutes de voir bouger une ombre. S’ouvre alors un vide en toi où tu n’étais pas tombée depuis longtemps, comblé croyais-tu par la rencontre avec le Premier et où tu pensais ne plus tomber. Ton esprit y valse avec la panique, à la recherche d’un repère, quel qu’il soit. »

L’ennui de l’habitude, de la reproduction quotidienne des mêmes gestes, est-ce pour cette raison que la mère est partie ? Est-ce pour retrouver un homme, un marin qui lui laisse son appartement à La Rochelle quand il navigue plusieurs mois en mer ?

Sa fille recherche des indices, imagine des possibles.

Plusieurs versions des raisons du départ de la mère sont proposées. Comme dans certains projets de l’Oulipo (Ouvroir de Littérature Potentielle) nous pouvons partir sur plusieurs pistes, explorer des univers probables ou improbables, laisser libre court à l’imagination.

L’écriture est très douce et apaisée pour évoquer ce sujet douloureux. De la poésie émane au fil du roman.

« Je garde un seul souvenir précis de mes toutes premières années. Nous étions dans ce que tu appelais le monde perdu, derrière la maison, dans la petite vallée de l’ancien moulin à drap. Les hautes herbes étaient une savane et tu me faisais avancer en rampant. Tu disais : Tu vois là-bas le lion, tu le vois, il ne nous a pas sentis. Ne fais pas de bruit. Et ce que j’avais pris d’abord pour un rocher se mit à frémir, sa queue s’agitait à cinquante mètres de nous. J’eus soudain très peur, comme une bête vulnérable. Balayé par une bourrasque invisible, l’environnement prenait corps, le paysage révélait des dimensions inconnues. »

La structure de cette enquête sur une disparition qui évoque une évaporation est passionnante. Des bribes de journal intime, des références littéraires donnant des pistes de lecture, des hypothèses créent une forme hybride et merveilleuse sans aucun jugement de valeur ce qui ouvre sur une remarquable liberté de penser.

Brigitte Aubonnet 
(21/08/25)    



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Lectures







Reine BELLIVIER, La hideuse
Christian Bourgois

(Août 2025)
198 pages - 20 €










Reine Bellivier,

née en 1982, vit à Nantes.
La Hideuse
est son premier roman.