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Comment lire ? Eduardo Berti, un écrivain argentin, débute son ouvrage Cercle de lecteurs par un texte liminaire, une lapalissade désarmante de précision méthodique. Il démontre possible, uniquement à l’aide d’un vocabulaire simple, de compliquer une activité presque élémentaire et machinale, la lecture ! Mot après mot, l’introduction encourage à ne rien rectifier de nos habitudes, autrement dit, généralement, commencer par le début, mais sait-on jamais, pour aider les hésitants, à l’heure où fleurissent les tutos, rien n’est inutile ! Le préalable accompli, laissez-vous guider. L’auteur se charge des présentations car « Voici donc un "cercle de lecteurs" qui se manifeste comme une sorte de catalogue plus ou moins insolite, hilarant ou mirobolant, mais surtout comme l’illustration que la lecture est fondamentalement un acte créatif. » Il n’en reste pas moins que la présentation de ce panel de lecteurs farfelus est contée par un auteur. Il combine des formes brèves tout en restant dans une thématique, pratique un regard analytique qui débouche sur plusieurs propositions de personnages semblant échapper au réel. Si Cercle de lecteurs est un livre ludique sur les formes de lecture et d’individus, il est aussi une recherche stylistique agréable et sans autre prétention que d’offrir des ouvertures à expérimenter. L’auteur offre une divertissante petite bibliothèque consistant à recenser des contes selon leur qualification. Ainsi : « Conte de réalisme merveilleux L’histoire d’un chien bleu qui finit par se faire une place plus ou moins remarquable dans un récit qui ne serait, en fin de compte, pas très différent sans chien bleu. » Moqueur et au diapason d’un certain anti-structuralisme, « Conte néo-structuraliste L’histoire de la mort d’un auteur. » Ironique, mais qui aime châtie bien, « Conte impensé L’histoire d’un critique qui trouve dans une somme de fragments épars une logique narrative implacable, que même l’auteur n’a pas prévue. » Restons-en-là afin de ne pas gâcher la créativité du lecteur à venir. Eduardo Beti divertit tout en interpellant. Cercle de lecteurs, au nombre de pages limité, cependant dense et fort instructif, non dépourvu de poésie, bénéficie d’une traduction remarquable. Pour l’auteur, tout lecteur s’adonne à une activité créatrice, fourbit des lunettes à sa mesure, à terme extensives et sans forcément de rapport avec le projet de l’auteur. Eduardo Berti assume cette liberté sans évoquer un risque de dérapage. Chaque manière de lire exprime une singularité. Quelle sera celle du lecteur de Cercle de lecteurs ? Michel Martinelli (27/01/25) |
Sommaire Lectures ![]() Le Réalgar (Janvier 2025) 88 pages - 13 € Traduit de l'espagnol par Jean-Marie Saint-Lu
sur Wikipédia Retrouver sur notre site un autre livre d'Eduardo Berti : Un père étranger |
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