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La première nouvelle, « Le vase », met en scène un couple, Nino et son épouse qui est la narratrice, invité par leurs amis Tania et Kire qui viennent de déménager et sont impatients de leur montrer leur nouvel appartement si vaste et si bien aménagé. Mais tout ce qu’ils voient dans cette visite renvoie à leur propre logement misérable, miteux, délabré et exigu. Même le bébé de Tania semble accuser Nino et son épouse d’infertilité. La narratrice enfile whisky sur whisky et une fois saoule crée le scandale en cassant délibérément un vase chez Tania. Le problème du logement peut-il empoisonner les gens jusqu’à la folie ? Dans « Les mûres », une jeune femme, Ivana, s’installe pour quelques jours dans la maison à moitié en ruine de ses grands-parents à la montagne. Ivana vient dans cette maison pour se reposer, « pour y voir plus clair ». Elle laisse sa fille de neuf ans chez ses parents. Ses souvenirs d’enfance refont surface, les filles de la maison voisine avec qui elle allait cueillir des mûres, le père qui les battait quand elles revenaient tachées du jus des fruits. Elle repense à sa liaison avec Gorazd, un artiste pervers et brutal. Elle semble heureuse d’être dans ce lieu, de retrouver ses souvenirs d’enfance. Quand tout à coup surgissent ses anciennes voisines qui passent par hasard. « La gougoutte » évoque l’exil, la mort et l’amour déçu. Alors qu’Elena vit aux États-Unis avec Richard, son frère lui annonce que leur père a fait un AVC. Elle décide de partir en Macédoine avec sa fille Eva qu’elle allaite encore. Tout en étant soucieuse de la santé de son père, elle espère rencontrer Jovan qu’elle a connu au collège, qui vit aussi à Skopje et avec qui elle échange depuis peu des messages amicaux et parfois des poèmes. Cette correspondance la distrait de la monotonie de sa vie américaine et de la nostalgie de son pays natal, remplit ses rêves. Mais une fois à Skopje, rien ne se passe comme dans ses rêves. Dans « Je reste là, je ne bouge pas d’ici » Riste vivait en Australie. Sa femme l’avait quitté pour un autre. Il habite avec sa mère et constate comme tout se détériore en Macédoine du nord. Sa frustration se transforme en haine envers sa mère, en colère envers toute la ville. Mais sa violence ne résout rien et retombe très vite. Les autres nouvelles mettent en scène des personnages qui abusent de l’alcool au point d’en tomber malade, qui ont des préjugés homophobes qui les poussent à la violence, qui sont malheureux et créent le malheur autour d’eux. Pour être au plus près de ces personnages, l’autrice n’hésite pas à leur donner souvent le rôle de narrateur. Son style est cru, elle manie l’humour noir, le cynisme jusqu’à frôler le gore. Ces personnages et leurs frasques sont peut-être une métaphore de ce qu’est la vie quotidienne en Macédoine du nord. Dans la nouvelle « Le 8 mars », une professeure d’université, encouragée par la vodka qu’elle sirote dans une flasque cachée sous sa veste, prend la parole dans une manifestation étudiante sans rien savoir de leurs revendications. « Ce qu’elle avait dit ensuite, elle ne se le rappelait plus. Elle se souvenait seulement d’avoir beaucoup crié « Macédoine », et « merveilleux étudiants de notre chère Macédoine », car la foule réagissait à ces mots en applaudissant. D’avoir prononcé plusieurs fois le mot « autonomie », car elle l’avait entendu dans la bouche des autres, et aussi « structures criminelles », car c’était une phrase à la mode dans les médias. » Nadine Dutier (13/01/25) |
Sommaire Lectures ![]() Gallimard (Janvier 2025) 280 pages - 22,50 € Vesion numérique 14,99 € Traduit du macédonien par Maria Bejanovska ![]() Rumena Bužarovska née en 1981 à Skopje, est écrivaine et traductrice. Son premier roman, Mon cher mari, a été publié chez Gallimard en 2022. ![]() |
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