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Au début, on pourrait croire que le nouveau livre de Chloé Delaume est un roman à suspense. Les premières pages mettent en effet en haleine : une femme, Clotilde, part en week-end avec des amies, mais la ville qu’elles ont choisie pour ce séjour l’effraie. Pourquoi ? Le lecteur attend de le savoir, suppute, imagine au fil des pistes données : un passé, un homme, Monsieur et elle, Clotilde, qui était alors Madame. Puis très vite, on sait tout et le roman devient récit, devient dénonciation, pamphlet. On retrouve là l’autrice au meilleur d’elle-même, sachant parler du corps des femmes et de l’esprit des hommes, sachant parler domination masculine et soumission féminine. Soumission voulue, consentante, c’est là l’originalité du propos. Car Clotilde a consenti, oui elle a consenti à suivre Monsieur dans cette ville où ce séjour la ramène, elle a consenti à subir les assauts de Monsieur, ceux de son sexe et ceux de ses mots, de ses remarques, de ses remontrances, tout ce qui l’a finalement réduite à n’être plus que l’ombre d’elle-même – une sans visage. Aujourd’hui, elle a rompu avec cet homme mais la honte demeure. Honte d’avoir été celle qu’elle a été mais honte surtout de devoir l’avouer à ses amies, elles qui s’inquiètent de la voir si bouleversée durant ce week-end qui devait être festif. Ses amies qui sont des féministes comme elle l’est elle-même devenue. Comment ces femmes libres vont-elles recevoir le récit de son passé ? Clotilde raconte tout de même et ses amies, ses sœurs, loin de la condamner, vont trouver un plan pour faire que cet homme, ce Monsieur déjà remis en couple, cesse de nuire. Ce plan, ne le révélons pas ici afin que le lecteur le découvre et, surtout, le savoure. De toute façon, Ils appellent ça l’amour doit se lire au-delà de sa narration. Il faut le lire pour ce qu’il analyse. Par exemple les pages sur le mythe platonnicien, lequel a engendré le concept d’âme-sœur que Clotilde, allias Chloé Delaume, récuse, nous en montrant tous les dangers. Il faut le lire pour ce qu’il rappelle du non moins dangereux mythe du prince charmant. Il faut le lire pour se rappeler combien les femmes sont éduquées pour être dans l’attente d’un homme. Lorsqu’il est là, elles acceptent l’inacceptacle au nom de cette attente. Elles ne se l’avouent pas. L’homme ne veut-il pas son bien ? Monsieur, lui, voulait le bien de Clotilde. Il voulait qu’elle soit sa chose, sa petite chose. Lisons donc tous ce roman. Hommes ou femmes, on en sort un peu plus armés puisque plus conscients. Isabelle Rossignol (25/08/25) |
Sommaire Lectures ![]() Seuil (Août 2025) 176 pages - 19 € Version numérique 13,99 €
chloedelaume.net |
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