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Fatou DIOME


Aucune nuit ne sera noire


Fatou Diome rend ici hommage à son grand-père et évoque tout ce qu’elle lui doit. Le roman raconte un voyage au Sénégal en 2001, la dernière fois où elle l’a vu vivant, où elle a pu lui parler, aborder avec lui tous les sujets, profiter de sa sagesse et de son ouverture d’esprit.
Au fil des pages, nous découvrons les lieux de son enfance, l’absence de ses parents, le rôle de ses grands-parents qui l’ont accueillie, l’importance des études qui lui ont permis de se construire un avenir hors des sentiers battus, les humiliations et les victoires qui ont marqué son parcours…

Pourtant ce n’était pas seulement pour le plaisir de revoir ses grands-parents qu’elle rentrait au pays cette fois-là.
« La dernière semaine de février 2001, en quittant Strasbourg pour le Sénégal, je ne partais pas en vacances, j'allais rendre visite à une Dame malade et j'ignorais que mon séjour porterait un autre nom, à mon retour. La malade et moi fûmes heureuses de nous revoir. Mais, sans médire du maître de l'horloge, ce fut une joie trop brève, à mon goût. Le lendemain de mon arrivée, la malade fut emportée par l'impitoyable Rôdeuse des ombres, et le surlendemain de mon arrivée à Dakar, j'accompagnai son corps pour l'enterrement, à Niodior. La défunte, c'était la fille adorée d'Aminata et de Mâma Kôrmâma, c'était ma mère à la naissance, je précise, car, selon notre réalité sociale, je la voyais plutôt comme ma grande-sœur, puisque c'est sa mère Aminata que j'appelle Maman. »

Beaucoup d’informations dans ce paragraphe et déjà les formules imagées de l’autrice, "le maître des horloges", "l’impitoyable Rôdeuse des ombre". Il y en aura beaucoup d’autres…
Fatou Diome est donc rapidement confrontée au décès de sa mère. "Ma mère à la naissance". On comprend plus tard que sa mère a été amoureuse très jeune d’un homme d’une autre région. Quand elle a été enceinte et a voulu l’épouser, ses frères ont pourchassé le fautif au lieu de l’accueillir. L’autrice est très en colère contre ce "Tonton-Tyran" qui n’a cessé de l’humilier et de l’escroquer.
Sa mère a donc accouché et après quelques semaines d’allaitement a confié le bébé à ses parents. C’est ainsi que pour Fatou, les grands-parents sont devenus ses parents et que sa mère était plutôt sa grande sœur.

Le village de Niodor est sur une île dans le delta de deux fleuves, le Sine et le Saloum, sur la côte atlantique du Sénégal. Le grand-père de Fatou était pêcheur. Elle lui donne plusieurs noms (comme Mâma Kôrmâma parce que Mâma signifie grand-père) mais souvent elle l’appelle Capitaine. Il l’emmenait parfois sur son bateau et elle a beaucoup appris à ses côtés. Il était attentif et répondait franchement à toutes ses questions. « Il était mon ami, mon confident, mon meilleur conseiller. » Ses années de petite enfance ont été une période très heureuse.
Ensuite, il a fallu quitter le village pour aller à l’école et suivre ses études, mais elle y revenait autant que possible. Puis il y a eu la rencontre avec un Français et le départ pour Strasbourg. Mais toujours la communication s’est poursuivie entre Fatou et son grand-père.

Le récit de ce séjour de 2001 est plein de force et d’émotion. Le grand-père a dépassé les quatre-vingt-dix ans mais est toujours resté inflexible sur son rapport au monde, le respect, l’humanisme, la lutte contre l’obscurantisme, la défense de la liberté en général et de sa petite-fille en particulier. Chaque conversation de Fatou avec le Capitaine, chaque souvenir, chaque réaction du vieil homme est une leçon de tolérance et d’intelligence.

Et Fatou porte avec énergie et détermination cet héritage familial. « Mon petit matelot, sois polie, me disait-il, respecte toujours les gens, mais sache que des ânes vivent parmi nous. Redresse toujours la tête devant eux, affronte-les, les yeux dans les yeux. Même avec des cheveux blancs, la bêtise et l'indélicatesse ne méritent nul égard. Ne les subis jamais docilement. La vérité est la force ultime, elle borne les ténèbres, alors, assène-la toujours à qui la mérite, et sans trembler. Oui, sans trembler, car si tu défends la vérité, tu ne seras jamais seule, les justes seront de ton côté. »
Fatou Diome est restée fidèle à ces courageux principes et chacun de ses livres en est une nouvelle preuve. Sa plume est acérée quand c’est nécessaire et son encre mauve n’hésite pas à réveiller les consciences qui ont tendance à s’endormir face aux élucubrations des "serpents à sonnette".

Ce magnifique roman est un très bel hommage au grand-père et une superbe leçon de vie pour tous les lecteurs. Un livre qui apporte de la lumière contre les ténèbres en ces temps de montée de l’obscurantisme et on peut espérer que grâce à lui comme grâce au Capitaine, Aucune nuit ne sera noire.

Serge Cabrol 
(22/09/25)    



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Albin Michel

(Août 2025)
336 pages - 21,90 €

Version numérique
13,99 €







Fatou Diome,
née au Sénégal, vit à Strasbourg depuis 1994. Elle est l'autrice d'une quinzaine de livres.


Une bio-bibliographie détaillée est disponible sur Wikipédia





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