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Helen FARADJI
La corde blanche
La police de Montréal reçoit un appel anonyme lui demandant de se rendre sur Cartier, au sud de Mont-Royal. « Sur le stationnement presque vide de l’aréna, l’homme gisait, les yeux fermés. Quelques cheveux longs, étalés en corolle sur le sol, lui faisaient une tête de marguerite à demi effeuillée. Un chat de ruelle flânait le long de son flanc droit en le reniflant. » La victime salement amochée, face écrasée, sans doigts et plus de langue ni de dents, des ecchymoses au niveau du cou, des poignets et des mollets, la peau du visage pelée à vif ante mortem, d’après le médecin légiste, rend l’homme méconnaissable avec juste dans ses poches un briquet, un Zippo, portant des empreintes. Sur le parking l’aréna, lorsqu’arrive le lieutenant de police Thomas Villeneuve, le corps déjà embarqué repose à l’identification de la morgue, à son grand étonnement. Ordre du DG lui annonce le commandant Garreau, son supérieur. Thomas ne l’apprécie guère et il aime le contrarier en bouclant le plus rigoureusement possible ses enquêtes. Un peu plus tard, Villeneuve apprend, par un gardien de la prison de Bordeaux, la détention de son ami Omar Masraoui, arrêté pour le meurtre de l’inconnu. Les empreintes retrouvées sur le briquet sont les siennes. Lorsque Thomas désire se renseigner auprès de Garreau, il trouve porte close. Il finit par découvrir qu’il s’agit d’un dossier sécurisé sur lequel veille très consciencieusement Garreau, éveillant ainsi en lui une crainte suspicieuse. Lisa Giovanni espère en vain, depuis son réveil, joindre sur son mobile Omar Masraoui. À la télévision, les actualités diffusent l’information concernant le cadavre de l’inconnu du parking. Après avoir saturé le répondeur du téléphone d’Omar persistant à rester muet, l’inconscient de Lisa associe Omar à la victime. Ex-collègue de Thomas Villeneuve, mais policière contrainte à la démission un an auparavant pour avoir sévèrement malmené un suspect de féminicide, elle essaie de se convaincre, infructueusement, des avantages de sa nouvelle activité de détective. Elle et Omar, une amitié indéfectible même si leur histoire d’amour n’avait pas fonctionné. Thomas Villeneuve, Lisa et Omar formaient un trio inséparable sur les bancs de l’université. Depuis, Omar, vit d’affaires plus ou moins équivoques, jouit du respect et d’une notoriété symbolique dans son quartier en animant un club de lecture pour de jeunes enfants musulmans. Il les incite à rester dans le droit chemin et au respect en ne suivant pas les démons des rues. Thomas et Lisa entamèrent une carrière dans la police, Thomas toujours respectueux du règlement tandis que Lisa, beaucoup plus impétueuse, s’en moquait. Tous deux connaissent les activités d’Omar. Pour Thomas comme pour Lisa : « tant qu’Omar ne se faisait pas attraper, tant qu’aucune de ses actions ne remontait jusqu’à nos oreilles, on pouvait fermer les yeux. Mais il y a un an, tout avait volé en éclats » Les liens distendus n'attendaient qu’un rapprochement. Malgré leurs relations dégradées, Thomas fait aussi part de son inquiétude à Lisa tout en la rassurant ; Omar est toujours vivant mais en prison. Ils apprécient trop Omar, et au nom de leur amitié sa culpabilité n’a pas de sens. Ils décident de joindre leurs efforts pour l’innocenter et le faire libérer. Lisa bénéficie de la complaisance de l’avocat d’Omar, Me Bertaud, et se fait passer pour son assistante afin de l’approcher lors d’une visite très surveillée. La tournure des événements devient inquiétante pour Omar dont c’est pourtant la toute première incarcération émanant, qui plus est, d’un ordre venu de très haut. Me Bertaud instruit Omar que ses empreintes figurent sur le Zippo retrouvé sur un certain Richard Massicotte, petit dealer surnommé Rick la Flèche. Même si son identification a été l’objet d’une célérité sans précédent, l’affaire ne mérite pas tant de secret. Ces éléments rendent Omar fébrile. Ils les aiguillent à la recherche de photos que Rick détenait et vraisemblablement le nœud de l’affaire qui prouverait son innocence. Sébastien Larrivée-Roy, un jeune journaliste présentateur, fils d’un ancien ministre décédé, faisant fi de toute neutralité fait écho de l’arrestation d’Omar pendant un reportage télévisé. « Selon les informations que la police a bien voulu nous communiquer, M. Masraoui était connu de ses services. Il serait soupçonné de liens divers avec des organisations criminelles depuis son arrivée au pays en 1981, mais jusqu’à aujourd’hui il n’a été sous le coup d’aucune condamnation judiciaire. M. Masraoui est par ailleurs un membre influent de la communauté musulmane de Montréal, laquelle, comme vous vous en doutez, a déjà diffusé un communiqué pour dénoncer cette arrestation jugée arbitraire. Rappelons également que cette dernière survient alors que la question des accommodements raisonnables bat son plein et que l’atmosphère générale est pour le moins tendue, pour ne pas dire explosive. Après l’affaire des vitres givrées au YMCA de l’avenue du Parc, la patience des Montréalais, mise à rude épreuve, commence maintenant à s’effriter. » L’enquête de Lisa et Thomas change d’envergure, s’éclaire en auscultant une société malade dont les successives convulsions, d’un coup, s’emballent. Autrui n’est pas un égal mais un fléau à éradiquer. Les "accommodements raisonnables" mécontentent beaucoup de monde. Notion juridique qui fait débat au Canada, issue de la jurisprudence associée au monde du travail, elle est une tentative d’accommodation des différentes minorités au sein de la société civile pour l’égalité des chances. Les linéaments de l’enquête mettent à jour un sinistre complot orchestré par une élite véreuse à l’idéologie nauséabonde. Elle vogue sur la dynamique conspirationniste et raciste. Elle use des réseaux sociaux, aspire à satisfaire une soif affairiste par la corruption et à édifier une politique des privilégiés. Le cheminement de Lisa et Thomas, en suivant les soubresauts de nos sociétés modernes, met en exergue les symptômes inquiétants et autres errements qui les minent et les entraînent, à leur insu parfois, cyniquement souvent, vers un suicide collectif. Le roman de Helen Faradji explore la fragilité de nos démocraties par divers aspects mais aussi l’amitié des trois personnages principaux qui ne s’en laissent pas conter. Le tout narré avec une belle énergie qui rappelle le néo polar et présage une suite. Le complot éventé, les racines continuent de prospérer. Omar innocenté ne dissipe pas le malaise anomique de la société.
Michel Martinelli
(15/12/25)
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Sommaire
Noir & polar

Héliotrope Noir
(Octobre 2025)
270 pages - 18 €

Helen Faradji,
née à Strasbourg, vit au Québec depuis 1999. Elle est critique et chroniqueuse cinéma, pour Radio-Canada notamment. Elle est aussi directrice de la programmation du Festival de cinéma de la ville de Québec. La Corde blanche est son premier roman.
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