![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
Retour à l'accueil du site |
|
Les amateurs de polars historiques vont se régaler avec cette passionnante plongée dans le siècle de Louis XIV qui nous fait visiter les rues de Paris et nous conduit même quelque temps à Marseille, ville très exotique pour un policier parisien du XVIIe siècle. Dès les premières pages, à Paris, en 1673, est retrouvé le corps d’une jeune femme. Non seulement elle a été tuée mais elle a aussi les lèvres cousues avec un fil de soie. Évidemment, cela a un sens. Quel secret n’a-t-elle pas su garder ? Pour le comprendre, encore faudrait-il savoir qui elle est. Personne ne semble la connaître. C’est une victime sans identité. Les inspecteurs Laruche et Torsac sont chargés de l’enquête. Ce sont des policiers tenaces et consciencieux, sous les ordres du commissaire Delamarre qui a acheté la charge du Châtelet (forteresse, prison et morgue à la fois) et à qui le lieutenant général Nicolas de La Reynie a confié la réorganisation et l’unification de la police. D’autres jeunes femmes vont être tuées de la même manière que la première et l’enquête s’avère difficile car personne ne semble les connaître dans Paris. Le lieutenant La Reynie rend compte directement au roi de tout ce qui concerne la police du pays mais en ce moment Louis XIV ne s’intéresse pas aux crimes, ni même à l’affaire des poisons qui passionne et inquiète la cour. Ce qui le préoccupe, c’est un tableau. Madame de La Vallière, maîtresse sortante, a demandé au peintre Pierre Mignard de faire son portrait. Dans quelle intention ? Est-ce un cadeau d’adieu empoisonné ? Le roi ne veut pas intervenir lui-même. « Si j’aime l’art, je crains les artistes. […] Voyez-vous monsieur de La Reynie, il n’y a rien de pire que d’interdire un artiste. C’est une bataille perdue d’avance. » Mais il veut être tenu au courant de l’évolution de ce tableau. Il charge donc La Reynie de considérer cette mission comme prioritaire. C’est un jeune peintre italien, Emilio, qui va faire le lien entre ces différentes enquêtes. Il arrive de Rome, connaît parfaitement les grands maîtres italiens, s’arrête à Paris pour étudier la peinture française et aimerait poursuivre vers Delft et Amsterdam pour découvrir les peintres flamands. Mais la France est en guerre contre la Hollande… Emilio, toujours désireux d’améliorer sa technique, a obtenu, comme cela se pratique couramment à Rome, de pouvoir « hanter les morgues et les hôpitaux à la recherche d’un visage, d’une main, de la posture d’un corps ». Quand nous le rencontrons, il est dans le sous-sol du Châtelet, occupé à dessiner la première victime. La Reynie est très surpris de trouver là une personne qui a priori n’a rien à y faire mais il prend néanmoins le temps de regarder les dessins. Mais Emilio va jouer un autre rôle très important. Ayant appris que Mignard cherchait un apprenti, il s’est présenté et a été embauché par le maître. Il sera aux première loges pour suivre l’évolution du portrait de madame de La Vallière. C’est du moins ce qu’il espère mais Pierre Mignard a le goût du secret… Jacques Forgeas met en scène des personnages hauts en couleur, très déterminés et qui ne ménagent ni leur temps ni leurs efforts pour accomplir leurs tâches. Outre Emilio, un autre jeune homme va se trouver mêlé à l’enquête sur les assassinats des jeunes femmes, c’est le Rat, le chef d’une petite cour des miracles, pauvres, mendiants et voleurs. Le Rat fait partie des témoins du deuxième meurtre. Très observateur, il a enregistré la scène en détail. À la demande des policiers, son témoignage permet à Emilio de compléter la série de dessins relative à cette enquête. En suivant le Rat, et sa compagne surnommée Princesse, c’est un autre aspect de Paris que nous découvrons. L’auteur nous emmène aussi à Marseille. Grâce à un tatouage, on sait que le frère d’une des victimes est un marin de la Royale mais il est assassiné à son tour avant qu’on ait pu connaître son nom. L’inspecteur Torsac, muni des dessins d’Emilio, est chargé de se rendre au port phocéen pour découvrir l’identité du marin, et donc celle de sa sœur, dont on ne sait toujours rien. C’est une occasion pour l’inspecteur qui n’a jamais vu la mer et pour le lecteur d’aujourd’hui de visiter Marseille en 1673, ses rues animées, ses différents quartiers, le Vieux-Port et Notre-Dame de la Garde qui n’était qu’une petite chapelle à l’époque. Pourquoi ces jeunes filles sont assassinées ? Quel lien les unit ? Pourquoi leur bouches sont-elles cousues ? Qui peut commettre de telles atrocités ? Qui sont les fantômes de Versailles qui donnent son titre au roman ? Grâce aux policiers, à Emilio, au Rat et quelques autres, nous aurons toutes les réponses. Nous saurons même la nature et la signification du portrait demandé par Louise de La Vallière… Quand on ferme le livre, on s’est attaché aux personnages et on se prend à rêver de les retrouver dans un autre volume, une autre aventure, d’autres découvertes, d’autres voyages. À suivre ? Serge Cabrol (10/02/25) |
Sommaire Noir & polar ![]() Albin Michel (Janvier 2025) 448 pages - 22,90 € ![]() Livre de Poche (Octobre 2025) 512 pages - 9,90 € ![]() Jacques Forgeas dramaturge et romancier, est aussi scénariste de cinéma et de télévision notamment pour Jean de La Fontaine (avec Lorant Deutsch) et La Marquise de Pompadour (avec Hélène de Fougerolles et Vincent Perez). Bio-bibliographie sur Wikipédia |
||||||