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Julien FYOT

Décrochages


Douloureux moment pour commencer ce roman, celui où un enfant, Tom Langevin, est retrouvé mort dans la cour d’une école. Cela bouleverse et désorganise la vie de bien des personnes, les parents bien sûr, les enseignants de l’école (dont "J", le professeur de CM2), les enfants, un SDF proche de l’école…

L’inspecteur de police qui enquête se retrouve face à une situation plus que complexe.

« La ligne de chaos part du milieu de la classe et trace son chemin jusqu’à la fenêtre, éparpillant ici et là tables, chaises et objets d’écoliers. Comme la dernière roue d’un Petit Poucet, des morceaux déchirés d’un dessin d’enfant jalonnent l’ultime mètre de désordre. J a presque envie de relever qu’un dessin ne s’émiette pas en mille morceaux lors d’une bagarre, que ça n’a aucun sens ou qu’au contraire cela en a. Millet sait tout ça. Il pose déjà d’autres questions. – C’est une scène de crime assez violente. Presque trop, j’ai envie de dire. Il y a eu affrontement sur plus de cinq mètres et elle a tout emporté sur son passage. A-t-on besoin d’un tel déchaînement pour un enfant si jeune ? »
Brayan, un élève qui a beaucoup de problèmes d’intégration et qui vient d’une autre école, car déjà exclu, génère beaucoup d’interrogations chez J son enseignant de CM2. Celui-ci oscille entre l’empathie, la compréhension du parcours difficile de cet enfant, l’attachement, le désir de l’aider mais aussi le rejet. Il vit aussi une situation complexe dans son couple et avec sa fille qui a des problèmes d’asthme. Tout se délite autour de lui. Il veut bien faire mais n’y arrive pas toujours.

Brayan s’entend très bien avec Tom, qui est très bienveillant avec lui mais il est souvent rejeté par les autres enfants.

« J voudrait rembobiner ses derniers mots. Il vient de perdre la partie.
– J’ai pas demandé à l’inviter, moi !
N’importe quel autre gosse aurait fini par flancher. Pas Mathieu Cabestin. Il n’est pas de ceux qui ramassent les poubelles des autres, comme dit son père. Sur le pas de la porte, Brayan ne hoche plus la tête. Il se tend et respire fort. Les autres enfants ne comprennent pas qu’on ne s’amuse plus. La sueur des joies passées commence à leur coller à la peau.
– C’est vous qu’avez voulu qu’il vienne ! Pas moi ! Mes parents me l’ont dit. Moi, je voulais juste mes potes.  C’est MON anniversaire ! J’en ai rien à foutre de Brayan. »

La situation des enseignants est largement évoquée au fil du roman et nous suivons aussi le décrochage de J dans sa vie personnelle et professionnelle.
« Il y a encore peu de temps, J aurait refusé de se soumettre à son imperfection, de se contempler passif, lâche, insuffisant. Cette nuit, il ne répond pas à l’appel de sa femme ni à celui de sa fille. Il ne se retourne pas et se rétracte contre son oreiller. Il ne fait pas semblant de dormir. Il veut juste ne pas croiser le regard de Tam. Elle ne doit pas voir ce qu’elle pressent depuis quelque temps. Alors il s’enroule sous les draps et s’en remet à la pensée magique. S’il ne bouge pas, rien ne bougera, tout se figera. »

C’est un roman qui permet de lutter contre les préjugés qui existent dans la société concernant les enseignants, de percevoir leurs états d’âme face aux situations difficiles de l’école.

« L’enseignant est en dette constante face aux jours qui passent. Chaque moment anticipe le prochain, chaque instant se remplit d’un truc à faire, d’une réflexion sur le truc à faire ou qu’on aurait pu, dû, voulu mieux faire. Et ce tic-tac le poursuit jusque chez lui. Car un prof est prof, même sans ses élèves, lorsqu’il dépose sa craie et son stylo rouge sur le pas de la porte de l’école. »

Il n’y a pas que les élèves qui décrochent. Le malaise des enseignants est bien perceptible dans la société et dans ce roman nous le ressentons au fil des pages dans la complexité des relations qui s’établissent entre les adultes et les enfants.

Le roman alterne entre la période avant le décès de Tom et la période après sa mort tout au long de l’enquête où se noue une relation entre J et l’inspecteur de police Millet.
Le suspense est superbement maintenu jusqu’à la fin.

Brigitte Aubonnet 
(24/11/25)    



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Lectures








Viviane Hamy

(Août 2025)
392 pages - 21,90 €













Julien Fyot
est né à Dijon en 1980. Après des études en sciences politiques et en journalisme, il devient professeur des écoles
en éducation prioritaire
à Paris.