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Peut-on vraiment s’installer dans un coin perdu, devenir anonyme, sans souvenirs et sans passé, détaché de tout, imperméable au présent et sans regard vers l’avenir ? Le narrateur, dont on ne connaîtra pas l’identité, se retrouve sur une petite île italienne et plus précisément au cœur d’un village, Fermagina. On ne sait rien de lui et on n’en apprendra pas beaucoup plus au fil du roman à part quelques bribes d’une vie en Afrique, les boulettes de viande épicée à Dakar, le regard des bébés dans les bus de Lagos, la foule dans les rues d’Abidjan… Des images floues d’une vie professionnelle (de cadre supérieur, avec voiture de fonction, voyages en avion, beaucoup d’argent et grands hôtels) brutalement abandonnée… Des sensations, des émotions, mais rien de plus précis. Et une question : « Qu’avait-elle donc pour te faire peur, cette vie dont tu voudrais barbouiller les détails et qu’un soir trop épais tu as choisi de fuir ? » La force de ce livre, c’est de voir un homme sans regrets et sans désirs qui, malgré ce détachement de tout, cette transparence volontaire, va se trouver peu à peu intégré à la vie du village. Par un nom tout d’abord. On l’appelle Pezzettino, "petit morceau" en italien, comme une pièce d’un puzzle ou un fragment de mosaïque, un petit morceau qui trouve sa place ici, dans ce village qui a tendance à se désertifier. C’est Lucio qui lui a attribué ce surnom, un habitué du café d’Armando, où le narrateur est venu boire un verre. Un peu plus tard, c’est « cette femme à l'odeur de vieille armoire, cette logeuse qui s'est présentée à lui à son arrivée et qui le prend peut-être pour un autre, il l'accompagne dans un dédale de rues en pente légère, il doute de parvenir à se remémorer seul le chemin, mais il lui plaît de ne pas encore retenir la route de l'endroit où elle le mène. » Elle le conduit jusqu’à sa maison, lui fait comprendre qu’elle occupe le rez-de-chaussée et lui fait visiter un petit appartement au premier étage. Peu à peu, le village s’intéresse à lui, l’intègre dans son fonctionnement, comme un organisme qui adopte une nouvelle cellule. Et faute de savoir, on invente… « On m’avait vu lire sur la Place ou sur les rochers de la plage, et je compris qu’on s’était fait de moi l’image d’un énigmatique érudit étranger dont le sérieux devait en dire long sur ses dialogues intérieurs. Écrivain, médecin, acteur, étudiant… » Il prend plaisir à jouer au professeur mais à la manière de Rousseau avec Émile. Serge Cabrol (08/01/25) |
Sommaire Lectures ![]() Rivages (Janvier 2025) 256 pages - 20,50 € ![]() Espérance Garçonnat est née en 1998. Pas d'ici est son premier roman, envoyé à l’éditeur par la poste. |
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