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Ce roman est le récit de la mise en scène de Hamlet à Ramallah en pleine crise de l’esplanade des mosquées, en juillet 2017. En le lisant, on pense tout de suite au Quatrième mur de Sorj Chalandon. Cette force du théâtre dans les régions en guerre, sa capacité à réunir, à dépasser les clivages, les rivalités, à créer un espace de liberté. Même si on retrouve cela, ce roman est bien différent. La narratrice, Sonia, est omniprésente. C’est son cheminement, son éveil qui est au cœur du roman. Sonia est actrice, elle vit à Londres, comme l’autrice. Elle vit un échec sentimental douloureux. Elle vient en Israël, à Haïfa pour se ressourcer, retrouver sa sœur Haneen qui est professeur de sociologie à l’Université, retrouver ses joies d’enfant. Sonia avait aussi besoin de revoir des paysages familiers qu’elle décrit avec force. L’antique forteresse d'Akká la bouleverse plus qu’elle n’aurait cru, comme un « impact charnel, la mémoire des sens. » Quand elle croise Maryam, metteuse en scène à la recherche d’actrice pour jouer dans Hamlet, Sonia se laisse convaincre pour dépanner en attendant de trouver les actrices et parce que Maryam lui plait. Cette femme a une énergie et une confiance dans son projet hors du commun. « La sincérité ardente de Maryam me faisait l’effet d’un rayon de soleil dans la figure. » Tout en jouant, elle découvre la situation dans les territoires occupés, les check-points, l’arrogance des soldats israéliens, les embouteillages interminables, les fouilles au corps. C’est une révélation, elle n’avait pas conscience de tout cela depuis Londres. Elle va même se mêler aux femmes qui prient dans les rues de Jérusalem puisque la mosquée est interdite d’accès. Même dans ce cas, les soldats arrosent de lacrymogènes … Évidemment le mur de séparation est omniprésent. À Bethléem, « le mur de séparation, noirci par les incendies passés, coupait un bout de la rue. À l’approche, les graffitis nous sont devenus visibles, un portrait de Leïla Khaled à moitié effacé, un autre de Malcolm X, quelque chose autour de Guernica et un arbre de Noël stylisé. » Pendant les répétitions ils subissent les grenades lacrymogènes. Et pendant les représentations, des soldats entrent, s’approchent de la scène et alors les acteurs s’adressent à eux avec les mots de Shakespeare. Ils jouent Hamlet en arabe, langue qui n’est pas familière à Sonia habituée à jouer en anglais. De longues scènes de Hamlet sont retranscrites dans le roman en les mettant dans la bouche des acteurs palestiniens. Cela nous donne l’impression d’assister aux répétitions, au travail de la mise en scène. C’est aussi une mise en abîme quand on sait que tel acteur s’adresse à tel autre avec les mots de Shakespeare. Au fil des répétitions, Sonia se rend compte qu’elle ne fait pas que « dépanner », elle est partie prenante et va jouer le rôle de Gertrude, la mère de Hamlet. L’échauffement des acteurs au début des répétitions pour renforcer la cohérence de la troupe est passionnant d’ingéniosité. Cependant, des rivalités ou même des haines surgissent. Les questions d’autorisation, de financement, empoisonnent la vie des acteurs. J’ai lu ce livre pendant l’horrible guerre génocidaire qui a détruit la bande de Gaza et ses habitants. Sa lecture venait confirmer les images de désespoir, d’impuissance face à l’état sioniste. En 2017, c’était déjà Netanyahou qui était au pouvoir. Nadine Dutier (16/10/25) |
Sommaire Lectures ![]() Gallimard (Septembre 2025) 448 pages - 24 € Version numérique 16,99 € Traduit de l’anglais par Josée Kamoun ![]() Isabella Hammad, autrice anglo-palestinienne, a grandi à Londres. Dans la collection Tract, elle vient aussi de publier Reconnaître l’étranger. ![]() |
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