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Zoumana KONÉ
Ma traversée
Ce livre est le récit autobiographique d’un jeune Ivoirien qui, pour aider sa mère, a quitté son pays natal pour travailler en Tunisie et s’est trouvé embarqué contre son gré dans un périlleux voyage par la Lybie et l’Italie, jusqu’en France, après une traversée catastrophique de la Méditerranée. Zoumana commence par raconter son enfance et les difficultés qui ont fini par justifier son départ. « Nous, mes parents et mes huit frères et sœurs vivions à Djahakro, en campagne, dans un village situé au plus profond de la Côte d'Ivoire ; un village dont le nombre de cases, mais aussi le nombre d'habitants, pouvaient se compter sur les doigts d'une main. Je vous assure, il faisait bon vivre dans ce petit village perdu entouré de cacaoyers et de forêts. Nos parents sont originaires du nord du pays, mais comme le sud est devenue la région la plus fertile à partir des années 1980, ils s'y sont installés pour planter le cacao. Ce produit fait du pays le premier producteur au niveau mondial. » Leur existence aurait pu être paisible mais le père s’est montré violent avec la mère et la réussite sociale du père n’a fait qu’aggraver la situation. « À ce moment-là mon père avait commencé à se faire beaucoup d'argent. Il embauchait des manœuvres pour travailler dans sa plantation de cacao et de café. » « Mon père faisait l'admiration de beaucoup de gens du village. Deux ans après, il s'est même acheté une voiture, a construit un moulin, puis s'est marié avec trois jeunes femmes. Et là, c'est devenu un problème. Il a eu d'autres enfants avec ces femmes. Ma mère a été mise à l'écart, complètement isolée. Parfois, quand je rentrais de l'école, je voyais que ma mère avait été violemment battue, elle avait la trace de coups, des cheveux arrachés et même des dents cassées. Je ne pouvais pas le supporter... C'était un véritable cauchemar. Je ne me supportais pas chez moi. » Puis est venu le temps du collège mais « cet établissement se trouvait dans une ville assez éloignée de mon village. […] Les deux premières années, j’ai logé chez un cousin. Je ne rentrais chez moi au village que les week-ends. » La situation étant trop compliquée, il a quitté le collège pour vivre dans la rue à l’aide de petits boulots. Pendant ce temps, la santé de sa mère s’est dégradée. À force de travailler dans des champs appelés "les bas-fonds" où il faut patauger dans la boue qui monte jusqu’à la taille, sa mère a attrapé une maladie qui nécessitait une opération. Le père refusait de s’en occuper et c’est ce qui a motivé le départ de Zoumana et la suite de son existence. Il a donné des cours du soir à un enfant dont le père avait des relations influentes. « Il m'a dit qu'il avait un ami à lui, en Tunisie, qui pourrait me faire travailler pendant 6 mois, et qu'avec l'argent gagné je pourrais payer l'opération de ma mère. C'était juste 6 mois passés à travailler chez lui en Tunisie, puis je reviendrais en Côte d'Ivoire et je poursuivrais mes études tout en sachant ma mère soignée. » Malheureusement rien ne s’est passé comme prévu… Il s’est vite retrouvé esclave chez un agriculteur, sans papiers, sans argent, sans téléphone. Il a réussi à s’enfuir et passer en Lybie où il a aussi vécu des épreuves douloureuses mais a fini par réunir la somme suffisante pour payer un passeur. La traversée de la Méditerranée sur un Zodiac piloté par un homme qui n’y connaissait rien a failli se terminer par une noyade mais heureusement un bateau les a secourus et débarqués à Lampedusa, puis en Sicile. . À partir de là, des rencontres plus positives lui ont permis de s’installer en France… Ce témoignage poignant et passionnant est un document très fort qui permet à des ados de partager et comprendre le sort de ceux qu’on nomme des migrants sans savoir exactement la réalité que ce mot recouvre. « La très grande majorité des exilés, des réfugiés, des migrants, sont des personnes qui ne demandent qu'à vivre, qu'à aimer, qu'à rêver, des personnes qui mettent tout en œuvre pour s'en sortir, dignement, travaillant jour et nuit. » « Nos différences ne doivent pas être un frein. Il faut trouver ce qui nous rassemble, et non chercher ce qui nous sépare. »
Serge Cabrol
(29/12/25)
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Jeunesse

Chant d’orties
(Octobre 2025)
92 pages - 14 €
llustrations
Nald KIB


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