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Shelly KUPFERBERG
Isidor, une vie juive
Shelly Kupferberg nous dévoile l’histoire de sa famille juive qui vivait à Vienne dans les années 1930. Nous découvrons Isidor Geller, son arrière-grand-oncle, qui a eu une ascension sociale impressionnante. « Mon arrière-grand-oncle, était un dandy. Il s’appelait Isidor. Ou Innocent. Ou Ignace. Mais son vrai prénom, c’était Israël. Or, ce dernier le trahissait trop. D’où Isidor – voire Innocent et Ignace. Cet homme ? Un parvenu, un multimillionnaire excentrique, chevalier d’industrie à ses heures, un homme d’action et du monde, obstiné et plein d’orgueil. Comment expliquer sinon une telle ascension, lui qui s’était arraché à son trou misérable de Galicie orientale pour se hisser au rang de conseiller au commerce auprès de l’État autrichien, au cœur de la métropole impériale et royale, Vienne ?» Nous découvrons aussi la vie des frères et sœurs d’Isidor, de leurs parents ainsi que des aventures amoureuses d’Isidor qui n’a jamais eu d’enfants. Passionné de théâtre et d’opéra, il a apprécié la richesse culturelle de Vienne. Il a pris ses distances avec les traditions juives ainsi que ses frères et sa sœur. Tous voulaient découvrir le monde : « Batja et Eizik n’ignoraient pas que leurs enfants dévoraient les articles et les livres de Karl Emil Franzos, lui aussi originaire de Galicie. D’un ton un peu moqueur, Franzos décrivait son pays natal comme une « sorte d’Asie » sauvage dans ses reportages. Cela faisait des lustres que Franzos défendait sa position et vantait les mérites de l’adaptation. Son credo ? Sortons des ghettos sombres, sortons du carcan sinistre de l’orthodoxie, partons à la rencontre du monde profane, de la culture de l’Europe centrale, de la culture de langue allemande. » Walter, le neveu d’Isidor, et le grand-père de Shelly Kupferberg, a vécu à Vienne pendant les dix-neuf premières années de sa vie avant de quitter l’Autriche envahie par les nazis. Il y reviendra en 1956, dix-huit ans après son exil, sur les traces de son passé dans un pays qu’il affectionnait avant qu’il ne plonge dans l’antisémitisme au moment des prémices de la Seconde Guerre mondiale et ne devienne un pays dangereux pour les personnes juives après l’Anschluss. « En ce printemps de l’année 1956, Walter s’était donc lancé dans un voyage difficile et remuant. Il écrivait un jour sur deux aux siens, afin de raconter en détail ses observations et ses expériences. Ces lettres constituent un témoignage non seulement de son séjour à Vienne, mais aussi du dilemme qui l’habitait à l’heure de prendre une décision existentielle lourde de conséquences : devait-il se réinstaller à Vienne ou bien rester en Israël, lui qui était en conflit ouvert avec le pays qui l’avait sauvé des nazis et lui avait offert un refuge. Il avait à présent deux enfants, de vrais sabra, ainsi qu’on nomme ceux qui sont nés en Israël. » Ce récit, très bien écrit, qui a une dimension universelle, pose la question de ces familles juives tiraillées entre plusieurs lieux. Walter était parti d’Autriche en 1938 pour se réfugier en Palestine et en 1956, il se pose la question d’un retour puisqu’il est en désaccord avec les positions d’Israël. On imagine aisément qu’une telle situation peut se reproduire pour de nombreuses familles juives dans les jours sombres que nous vivons actuellement. Shelly Kupferberg montre très bien la montée de l’antisémitisme puis du nazisme avec des menaces de plus en plus précises et des actes terribles qui ont été réalisés. Isidor a été incarcéré et torturé, dépouillé de tous ses biens. Il est mort, détruit par la haine, à l’âge de cinquante-deux ans. Il est terrible de constater que toutes ces horreurs continuent : l’antisémitisme, le racisme, la remontée des idées d’extrême droite, les exactions contre des peuples… C’est un texte passionnant qui rappelle la précarité des humains face à des régimes totalitaires qu’il est indispensable de continuer à combattre.
Brigitte Aubonnet
(07/07/25)
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Lectures

Belfond
208 pages - 20 €

Shelly Kupferberg,
née à Tel Aviv en 1974, a grandi à Berlin. Journaliste et animatrice radio, Isidor, une vie juive est son premier livre.
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