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Éloge d’une émotion interdite par temps de crise planétaire
Bien que Jésus se soit emporté contre les incrédules et contre les marchands du Temple, l’église à partir du IVe siècle décide que céder à la colère est un péché. Une stratégie pour rendre les masses dociles. Mais la colère n’est pas synonyme de violence. Elle peut et doit être canalisée. « Nous avons le droit de la ressentir et le devoir de la maîtriser. » Cette réhabilitation de la colère justifiée par la révolte contre l’injustice fait un bien fou. C’est tonique et mobilisateur. Rien à voir avec l’écoanxiété dont on nous rebat les oreilles. « La colère est une émotion vitale, la seule qui pourrait encore nous sauver aujourd’hui, la seule qui ait jamais fait trembler les puissants. » Et comme le dit Pablo Servigne en préface, l’auteur a su convertir sa colère en énergie créative. « Ce livre donne envie de vivre conscient, aligné avec ses valeurs, les pieds ancrés à la Terre. C’est une parole sincère […] ce livre me met en mouvement, il me file la pêche ! » Se contenter d’informer, d’alerter, malgré l’urgence absolue, n’attire pas les foules disait Cyril Dion. La deuxième partie du livre aborde les raisons de cette colère : l’immobilisme du pouvoir, la procrastination des décideurs, l’aveuglement des politiques et les échéances de plus en plus inquiétantes. Pire que tout, l’injustice face aux conséquences du dérèglement climatique, les dévoreurs qui inondent l’atmosphère de CO2. « Les 1% les plus riches de la planète, soit 77 millions de personnes, émettent autant de gaz à effet de serre que les deux tiers de la population la plus pauvre, soit environ 5 milliards de personnes ! » Forcer les multimilliardaires à renoncer à leurs jets, leurs yachts, leurs résidences de luxe serait plus efficace que d’augmenter les taxes environnementales. Sans parler des milliards de déplacés ou de morts de chaleur ou des faux remèdes technologiques. Il y a de quoi se mettre en colère. Éric la Blanche pointe la responsabilité des lobbies qui rédigent à la place des députés les amendements de nos lois. Les lobbies « manipulent les agriculteurs, protègent l’industrie chimique, la grande distribution, l’automobile, l’agroalimentaire… […] doit-on être surpris que le tabac ou l’amiante aient mis autant de temps à être réglementés ? […] La puissance financière et l’influence politique de ces lobbies sont indiscutables. Elles expliquent pourquoi il y avait au moins 2456 lobbyistes des énergies fossiles présents à la Coop 28 à Doha, en 2023. » Ces lobbies nous manipulent, sèment le doute, n’ont aucune morale. « Entre 2022 et 2023, les cent principaux lobbies européens ont dépensé presque 300 millions d’euros afin d’influencer le processus législatif européen. Cela équivaut à une dépense moyenne de 398 936 euros par député ! » Ce pamphlet se termine par un mode d’emploi. Des conseils pratiques pour utiliser l’énergie de sa colère et une liste de toutes les associations, syndicats et partis qui luttent pour l’environnement et la justice climatique. Ce sont les « banques de colère » qui fédèrent nos colères individuelles pour en faire une force collective. Nadine Dutier (08/09/25) |
Sommaire Lectures ![]() Actes Sud (Septembre 2025) 240 pages - 22 € Version numérique 16,99 € Préface de Pablo Servigne ![]() Éric la Blanche, journaliste, auteur, scénariste et conférencier, est spécialisé dans les questions d'écologie, de féminisme et de médiation scientifique. |
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