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Marie-Hélène LAFON
Vie de Gilles
Nous plongeons dans l’écriture organique et si juste de Marie-Hélène Lafon avec ce recueil de deux nouvelles, La confession et Cinquante ans. Nous retrouvons avec bonheur l’univers de la paysannerie, si cher à l’autrice, avec des personnages émouvants que nous avons croisés au fil de ses précédents romans et nouvelles. Gilles se remémore son cours de catéchisme avec « la Nini qui pue du goulot », il était gêné par « la peau rose de son crâne qui est restée jeune et semble déplacée sur sa tête ; ça le gêne, mais il n’en parle pas, ni avec les autres enfants du catéchisme, qui se moqueraient, ni avec sa sœur. » Adulte, il se souvient. Il a détesté son père. « Il réfléchit à ça quand il ne dort pas la nuit ; la peur commence avec le père. Souvent il ne dort pas, son ventre est dur et serré. » Il se rappelle aussi le confessionnal, les listes de péchés qu’il devait préparer lorsqu’il était enfant. Les sens sont toujours en éveil chez Marie-Hélène Lafon : « Un Notre Père et un Je vous salue Marie ; la voix du curé semble venir de très loin et de tous les côtés à la fois. Il s’en tire bien, il est soulagé, il respire. Il ouvre les yeux et il sort à reculons en respirant l’odeur fade et molle du rideau qu’il n’avait pas remarqué en entrant dans le confessionnal. Il ne regarde pas sa sœur quand il passe devant elle pour aller s’asseoir sur le banc des garçons et faire la pénitence, mais il sent ses yeux posés sur lui. » Claire, la sœur de Gilles, a quitté la ferme et vit à Paris. Quand elle retourne dans sa maison du Cantal, en été, elle va voir ses parents régulièrement pour aider sa mère dans les tâches ménagères. Gilles vient manger seul chez Claire qui perçoit le désarroi de son frère. « Quand il aura fini de faner, dans deux ou trois semaines, il viendra manger un dimanche comme il le fait chaque année. Il viendra, il sera seul, il ne va nulle part avec les parents, jamais ; il les voit bien assez comme ça, toute la journée, toute l’année, du soir au matin et du matin au soir. Quand ils sont les deux, chez elle, à table, il ne dit pas les parents, il dit les vieux ; pour le père, il a des mots, le vieux, le fou, l’autre con, le malade, le taré, le maboul, l’abruti, l’autre. Il dit surtout l’autre, et il n’arrête plus, il répète quelques phrases, six ou sept, qu’elle sait par cœur. » Claire a du mal à comprendre les pensées profondes de son frère. Elle se sent impuissante face à son désespoir. L’écriture de Marie-Hélène Lafon, âpre et rude, est toujours aussi virtuose pour exprimer la souffrance et les émotions de ses personnages. Se dégage aussi au fil des pages une délicate poésie des êtres et des lieux emplis d’humanité. Les peintures de Denis Laget explorent la matière comme s’il modelait la terre et les ciels du Cantal pour traduire les émotions des lieux où la solitude et le désarroi peuvent accompagner les êtres.
Brigitte Aubonnet
(26/03/25)
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Sommaire
Lectures

Chemin de Fer
(Février 2025)
64 pages - 14 €
Peintures
Denis LAGET

Marie-Hélène Lafon
Bio-bibliographie sur
Wikipédia
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