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Pour une nouvelle lutte des classes En lisant cet essai, on est successivement affolé par l’imminence du basculement, désespéré par l’absence de programme raisonnable de nos gouvernants, très en colère contre les gloutons ultra riches qui dilapident notre budget carbone restant, et très motivé pour agir. La catastrophe climatique est abordée ici sous l’angle des droits. Sébastien Mabile est l’avocat des associations qui attaquent TotalEnergie pour son inaction climatique. Il défend aussi les peuples d’Amazonie luttant contre la déforestation. L’auteur prend soin d’expliquer pourquoi il était si important de limiter le réchauffement de la planète aux 1,5°C de l’accord de Paris.
Entre 1,5 et 2°C de réchauffement, les changements deviennent irréversibles. « Nous léguerions alors aux générations futures un système climatique sur lequel elles n’auraient plus aucune prise ni influence, malgré leurs efforts futurs. » Il s’agit donc d’une obligation éthique. Comme le dit António Gutierrez : « Nous sommes sur une autoroute vers l’enfer climatique, avec le pied toujours sur l’accélérateur. » En 2018, le GIEC introduit la notion de budget carbone restant qui devrait nous aider à limiter le réchauffement planétaire à un niveau déterminé. « Le budget carbone restant permet donc d’estimer le nombre d’années qu’il reste avant d’entrer dans cette zone d’incertitudes au-delà de 1,5°C de réchauffement en fonction des émissions moyennes de gaz à effet de serre. Il constitue notre « marge de manœuvre » jusqu’à un niveau de réchauffement au-delà duquel des risques prévisibles ou non, se réaliseraient, des points de basculement seraient franchis et des boucles de rétroaction activées. » Ce budget a été estimé en début 2024 à 200 giga tonnes équivalent CO2. Au rythme des émissions actuelles, ce budget carbone pourrait être épuisé dès 2028, soit vingt-deux ans avant le « net zéro » prévu en 2050, date de la neutralité carbone, cible de l’accord de Paris. C’était sans compter sur le dégel du permafrost qui libère le méthane, au potentiel de réchauffement 23 fois plus important que le CO2. Autre « effet domino », l’augmentation de la concentration de CO2 dans l’atmosphère liée aux mégafeux du Canada et de Sibérie et à la sécheresse en Amazonie, qui « ont gravement altéré la capacité des écosystèmes à stocker une partie de nos émissions de gaz à effet de serre ». Notre budget carbone restant disponible se réduit d’autant plus vite que le monde est peuplé de gloutons qui s’en approprient des portions démesurées. La question est simple et redoutable à la fois : comment décidons-nous de nous partager ce gâteau ? La substitution de technologies carbonées par des énergies « vertes » ne suffira pas car la crise actuelle « affecte la biodiversité, l’usage des terres, la disponibilité des matières premières ou le cycle de l’eau. » Même le concept de transition énergétique est une fable car il y a accumulation des sources d’énergie plutôt que substitution. « Nous n’avons jamais consommé autant de bois, charbon, gaz ou pétrole alors que les centrales nucléaires, les éoliennes ou les panneaux solaires n’ont jamais été aussi nombreux. » Seule la sobriété pourrait diminuer de 40 à 70% les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2050 selon le Giec qui définit la sobriété comme « un ensemble de mesures et de pratiques quotidiennes qui permettent d’éviter une demande en énergie, matériaux, usage des terres et eau tout en assurant le bien-être de tous dans le respect des limites planétaires. » Mais pour être socialement acceptée, la sobriété doit contribuer à réduire les inégalités économiques, sociales et environnementales. On constate pourtant que lorsqu’on veut renverser l’idée de domination par celle de réciprocité on est taxé de liberticide. Les périodes de confinement ont permis, grâce à une contrainte acceptée par la plupart, de baisser de 5% nos émissions en 2020, soit le rythme de réduction annuelle qu’il faudrait atteindre pour respecter les accords de Paris. « En appeler à la seule responsabilité individuelle nous mènera au chaos et à la barbarie. Il faut en passer par la loi, le règlement, la contrainte et le contrôle juridictionnel. […] c’est au droit d’organiser la fin de cette injustice et la réduction des inégalités d’impacts, sans quoi les actions de désobéissance civile ou de sabotage risquent de se multiplier. » Si le droit permet certaines respirations, s’il évite parfois le pire, je crains que le droit ne soit pas suffisant pour résoudre la catastrophe dans laquelle nous sommes déjà entrés. Il ne s’agit pas de partager équitablement un gâteau, il s’agit de réinventer une autre manière d’être au monde. D’en finir avec toutes les exploitations, celle de l’homme par l’homme, celle des animaux par les hommes, celle des sols et des écosystèmes qui obéissent à la même logique de prédation-transformation-déchet. Sans parler de l’exploitation des femmes et des peuples premiers, plus impactés par la raréfaction de l’eau et par les pollutions. Au lieu de cela, nous assistons à une montée en puissance du populisme de droite. Repli sur soi, peur et rejet de l’autre, abandon des mesures de réduction des émissions, déni de réalité, climatoscepticisme. Nous sommes bien loin de la victoire du droit et de la justice. Nadine Dutier (05/03/25) |
Sommaire Lectures ![]() Actes Sud (Janvier 2025) 176 pages - 14,90 € Version numérique 10,99 €
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