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Nour MALOWÉ


Le printemps reviendra


Marwa est chirurgienne à Kaboul. Le roman commence le 4 juillet 2021. « Ceux qui arrivent » ne sont pas loin d’envahir Kaboul.
« Les talibans se sont emparés dimanche du district-clé de Panjwai, proche de Kandahar.
Depuis que Washington a commencé, le 1er mai, le rapatriement de ses soldats d’Afghanistan, à l’issue de vingt ans de guerre, les talibans ont intensifié leurs offensives contre les forces afghanes pour prendre le contrôle de nombreuses zones rurales à travers le pays. »
Et l’arrivée des talibans à Kaboul est imminente. La tension est perceptible partout.

Marwa est une femme progressiste. Elle a élevé ses deux garçons et sa fille dans le désir de vivre libre. Elle s’entend bien avec son mari qui l’aide au quotidien mais elle est de plus en plus angoissée par le retour des talibans.
« Marwa a conclu un pacte avec la destinée. Elle voulait des enfants dans cette vie, puisque les autres étaient partis. Elle désirait des enfants neufs qui ignoraient le passé et ses ténèbres. »
« Les talibans sont partis, le temps d’une nausée, le temps d’une marée, et ils reviennent. Marwa se demande… elle se demande mais c’est osé. Si les Américains n’étaient pas venus, le peuple aurait réagi sans attendre vingt années ; une révolte naturelle aurait chassé les dictateurs. Maintenant, le peuple doit réapprendre la révolte, s’indigner et se fédérer. Le peuple s’est dépouillé de tout. Lui reste la peur. »

Dans son hôpital, de nombreux médecins et infirmiers, comme beaucoup d’Afghans qui le peuvent, fuient leur pays. Marwa se pose aussi la question de quitter le pays pour protéger Shor, leur fille mais leurs deux fils Ahmad, qui souhaite devenir peintre, et Belkheir s’engagent tous les deux pour combattre l’arrivée des talibans. Marwa est envahie de multiples sentiments contradictoires. Elle ne peut laisser seuls ses deux garçons en Afghanistan. Et quel avenir la famille aura-t-elle dans les camps de réfugiés ? La situation anxiogène déstabilise l’équilibre de la famille.

Le roman permet de ressentir au plus près cette terrible angoisse qui envahissait tout le monde à l’approche de cette fin d’août dramatique. Il permet aussi de se méfier du travail bien en amont de tous les dictateurs qui minent les démocraties de l’intérieur.
« Les talibans cueillent les fruits de leur propagande. Des années de travail industrieux. Toute une intelligence, une technique au service de leur objectif hégémonique. Au bout de leur ténacité, l’absolue destruction. Ils feront honneur à leurs coreligionnaires dictateurs. Comme quoi, venter le courage et la persévérance est à double tranchant ! La persévérance engendre aussi de grands malheurs. Ceux qui arrivent, oui, cueillent les fruits. La récolte des villes, des esprits. Une partie du peuple les acclame. »
Nous sommes tous concernés par la montée d’idées extrémistes et intolérantes dans le monde.
« Lire, apprendre, s’ouvrir, transmettre, protéger, créer – cela mérite de mourir. » 

C’est un roman bouleversant qui nous questionne beaucoup car les occidentaux n’ont pas toujours joué un rôle positif en Afghanistan et actuellement la situation dramatique des femmes afghanes est oubliée de par le monde. L’écriture de Nour Malowé, très poétique, exprime au plus près la terreur de cette période et le combat qu’il faut continuer à mener.

Brigitte Aubonnet 
(17/02/25)    



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Nour MALOWÉ, Le printemps reviendra
Récamier

286 pages - 20,90 €











Nour Malowé
a déjà publié
une dizaine de livres.