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Gabriel MAMANI MAGNE


Séoul, São Paulo


Deux cousins se retrouvent à El Alto, une banlieue de La Paz à 4000 mètres d’altitude, berceau familial dont les origines sont indiennes Aymaras, l’année de leurs dix-sept ans, de leur bac et de leur service prémilitaire encore obligatoire en Bolivie.

Tayson parle « portugnol » parce qu’il est né au Brésil et y a vécu jusque-là. Pour d’obscures raisons de contrefaçon de vêtements de marque dans le quartier de São Paulo où rivalisent des clans coréens et boliviens, l’oncle Waldo et la tante Corina sont revenus avec leur fils au bercail.

Le narrateur est ébloui par ce cousin germain qui lui tombe du ciel, son père jalousant la réussite sociale de son frère et n’ayant que très peu de rapports avec lui qu’il considère comme un traitre depuis qu’il est parti vivre au Brésil.  Le narrateur va découvrir leur passion commune du foot, les films pornos et va nous raconter leur dernière année au lycée, les démêlés avec leurs études qu’ils abandonnent peu à peu et avec les chefaillons qu’ils doivent subir à l’armée ; leur obsession des filles, leurs déambulations dans la Zona Sur de La Paz, pour ne pas risquer de rencontrer la famille dans El Alto, leur façon de gagner quelques sous en tenant le stand de livres de Dino, étudiant en médecine qui revendique ses racines indiennes.

Après un début d’année fusionnel, l’amitié des deux cousins se délite. L’année lourde d’apprentissages leur fait quitter définitivement le temps de l’adolescence, de l’insouciance.

Tayson est heureux d’être bientôt père tandis que son cousin s’apprête à partir au Brésil emmené par les parents de Tayson qui y retournent car le cash est là-bas, dit l’oncle Waldo.

Un premier roman original, sous l’égide d’un monolithe précolombien, comme un rappel de l’appartenance des protagonistes aux Indiens Aymaras, un roman tendre et dur à la fois, où deux très jeunes hommes en devenir, se frottent au monde sans en avoir pleinement conscience, en jouant encore comme des enfants. Mais à force de les mimer, ils deviennent à leur tour, adultes.

Ne pas aller au lycée cesse d’être amusant le deuxième mois. Un matin que Tayson et moi explorons pour la dixième fois la Zona Sur de La Paz, je réalise […] que mon cousin, avec son mètre quatre-vingts et ce corps qui pourrait laisser sans vie une amante sous-alimentée, n’est plus le même que celui qui, il y a presqu’un an, a toqué à la porte de ma chambre […].
Ce qui l’empêche de devenir une grosse boule noire sans âme, c’est sa façon de tourner au coin de rue ou de presser le pas quand on traverse et que le feu est encore au vert : il le fait avec la délicatesse d’un danseur, comme si la musique coréenne qu’il écoute en permanence était descendue de ses oreilles à son corps et l’avait pourvu d’un rythme qui, malgré ses sourcils froncés, amortissait son poids et adoucissait ses traits.

Sylvie Lansade 
(02/05/25)    



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Gabriel MAMANI MAGNE, Séoul, São Paulo
Métailié

(Avril 2025)
208 pages - 19 €

Version numérique
9,99 €


Traduit de l’espagnol
(Bolivie) par
Margot Nguyen Béraud









Gabriel Mamani Magne,
né en Bolivie en 1987,
vit actuellement au Brésil
où il est enseignant à l’université et traducteur. Séoul, São Paulo est son premier roman