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Fragments d’âme, 1938-1993 « "J’écrirai". – J’en suis toujours à me renouveler cette promesse. Demain. Puis demain. Et toujours à me sentir des bombes plein les poches. » De ce puzzle où les pièces ont été rassemblées, pour nous, lecteurs, par « couleur » par Do Van Nghia et Julien Coupat, sous des appellations prises dans les écrits de Mascolo, comme, entre autres, De l’amour, Le monde me remonte, Le drame d’écrire, À la lumière de l’ennui, L’exigence révolutionnaire, se dessine un homme complexe, exigeant, passionné de musique, de Balzac et de surréalisme, contemporain des atrocités du monde du XXème siècle et s’y opposant. Dionys Mascolo n’est pas seulement l’amant de Marguerite Duras, le père de son unique enfant, même si c’est révolutionnaire d’être le mari dans l’ombre d’une femme célèbre, mais un penseur, un essayiste, torturé, certes, Thanatos, une appelante, et qui refusa toujours d’entrer dans la lumière médiatique par conviction politique, un révolutionnaire hors des sentiers battus, pensant le communisme lavé de tout socialisme, christianisme, stalinisme dans son essai Le Communisme et dans sa préface aux écrits de Saint-Just : Si la lecture de Saint-Just est possible, la Révolution Française comme pensées en actes. Toujours dans une sorte de clandestinité, certes héritée de la lutte contre le nazisme mais aussi idéologiquement prônée, il milite contre le colonialisme pendant la guerre d’Algérie, contre De gaulle en 58 et participe activement à Mai 68. On devrait le fameux slogan : Soyons réalistes, demandons l’impossible, à la rue Saint -Benoit où il vivait avec Duras et où se réunissaient de nombreux intellectuels. Lire ces fragments, c’est se perdre dans l’âme labyrinthique d’un être, mais aussi se retrouver, y retrouver des éclats de joie, de colère, de passion, que ce soit souffrir d’amour ou de l’absurdité sanglante du monde, et essayer, à l’instar de l’auteur d’y voir plus clair pour ne pas céder aux sirènes du capitalisme et répondre à la tautologie libérale I am what I am par Je suis ce qui me manque… Le communiste que n’anime pas l’idée libertaire n’est pas communiste (n’a gardé du communisme que la discipline du communisme de guerre – proche du fascisme). La postface de Do Van Nghia et Julien Coupat, qu’ils signent : « Deux amis », éclaire brillamment les tesselles de cette mosaïque en vrac et se termine justement par une citation de Mascolo : La vie de l’esprit entre amis, la pensée qui se forme dans l’échange de parole, par écrit ou de vive voix, sont nécessaires à ceux qui cherchent. Hors cela, nous sommes pour nous-mêmes sans pensée. Penser appartient à la figure sacrée qu’ensemble nous figurons. » Sylvie Lansade (06/11/25) |
Sommaire Lectures ![]() La Fabrique (Octobre 2025) 280 pages - 18 €
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