Retour à l'accueil du site





Laurent MAUVIGNIER

La maison vide



On a déjà beaucoup parlé du dernier roman de Laurent Mauvignier, lequel est si brillant qu’il est sur la liste du Goncourt et vient de remporter le prix littéraire « Le Monde ». On a déjà parlé du fond (l’histoire des trois générations qui ont précédé celle de l’auteur du côté paternel) et de la forme (un roman ample fait de portraits et de descriptions dont le style fait penser à Balzac revisité par Claude Simon). Laurent Mauvignier est ainsi au sommet de son art romanesque, mêlant sa maîtrise habituelle de la phrase à un sujet dont on sent qu’il était le chaînon manquant de son œuvre. Ou peut-être son terreau ? Là où il avait puisé depuis toujours sans le savoir ou tout en le sachant.

Car La maison vide est un roman des origines. C’est une vie faite livre. C’est l’histoire d’une lignée, d’une trajectoire, Laurent Mauvignier, comme tout un chacun, cherchant à savoir d’où il vient. Mais puisqu’il est écrivain, il invente autant qu’il relate. « C’est par l’invention, écrit-il, que l’histoire peut parfois survivre à l’oubli. » Alors il comble les blancs, remplit les vides de cette maison qui est à la base de son livre, elle qui est la seule à avoir vu vivre ses aïeux.

Plus exactement ses « aïeuls » tant les femmes sont à l’honneur dans ce roman. De l’arrière-arrière grand-mère que tous croyaient taiseuse et niaise et qui se rèvèlera une femme de tête à la mort de son mari à Marguerite la grand-mère aux mœurs douteuses qui sera tondue à la Libération en passant par l’arrière grand-mère qui aurait voulu être pianiste et ne fut que femme de, de l’une à l’autre, on suit des vies estropiées, des vies de femmes à des époques où il n’était guère possible d’échapper au malheur, c’est-à-dire à l’oppression des hommes. Présents ou absents, vivants ou même morts, ce sont eux, toujours, qui décident d’un mariage, d’un legs, d’un travail. Marguerite en fera les frais plus que les autres et son fils, le père de l’auteur, qui se suicidera en 1983, en aura sans aucun doute été plus que marqué.

Laurent Mauvignier en fait du moins l’hypothèse. On pourrait même aller jusqu’à dire que la quête de ce nouveau roman est de pouvoir répondre à cette insondable question : pourquoi se suicide-t-on ? Pourquoi un père se suicide-t-il ? Y a-t-il des raisons qui seraient à trouver dans le passé des familles, dans leurs secrets ou leurs légendes ?

Il faut chercher, ouvrir les commodes et les albums. Laurent Mauvignier l’a fait en ouvrant sa maison de famille afin de la faire revivre. Elle mais aussi une France pas si lointaine où, nous lecteurs, pouvons reconnaître nos propres ancètres, nos propres récits d’enfance. Ainsi, lire La maison vide, c’est se retrouver avec soi-même et son histoire. Et l’on aurait soudain envie de l’écrire.

Isabelle Rossignol 
(09/10/25)    



Retour
Sommaire
Lectures








Éditions de Minuit

(Août 2025)
752 pages - 25 €



Photo © Laurent Mauvignier
Laurent Mauvignier,
né à Tours en 1967,
a déjà publié
une quinzaine de livres.



Découvrir sur notre site
d'autres romans
du même auteur :

Des hommes

Continuer

Histoires de la nuit