Retour à l'accueil du site





Matteo MELCHIORRE


Le Duc


Dans un village de montagne du nord de l’Italie, un conflit va opposer deux hommes, un conflit frontalier entre leurs domaines attisé par des attitudes ancestrales et des événements d’autrefois, une haine pour le pouvoir, pour la reconnaissance, pleine de jalousie et de rancune. Un conflit entre un vieux notable et le descendant d’une noble famille.

Le narrateur, surnommé par dérision le Duc par les villageois, est en réalité le comte de Cimamonte. Sa famille depuis plusieurs générations a constitué une belle fortune et un important patrimoine. Quand ses parents sont morts dans un accident d’avion, le jeune comte, fils unique, s’est retrouvé à vingt-cinq ans héritier du titre et des biens. « J’étais jeune, je n’avais pas les idées claires et c’est pourquoi, comme cela arrive souvent aux indécis, je mis à l’épreuve ma détermination en m’imposant une coupure nette. Je voulus d’abord me défaire du palais Cimamonte, c’est-à-dire de notre palais urbain, à Berua. Je vendis à un prix remarquable cette demeure superbe, somptueuse et immense mais oppressante et impossible à entretenir. Par acquit de conscience, je ne gardai à Berua qu’un petit pied-à-terre. Après quoi je donnais suite à mon projet : je quittai Berua et m’installai ici, au pied de la Montagne, dans la villa de mes ancêtres totalement inhabitée depuis une bonne trentaine d’années. Je jugeai le lieu idéal pour rester comme en suspens et me laisser peu à peu glisser dans la série d’occupations quotidiennes requises par la villa et par ses terrains. »
Après cinq ans à Berua, cela fait maintenant dix ans qu’il vit dans cette demeure non entretenue pendant des décennies et des travaux importants s’imposent pour la rendre habitable. Sa fortune lui permet de se consacrer à plein temps à la restauration de la maison, au jardinage et à l’entretien du domaine. Il a confié le fauchage de ses prés à un villageois et l’entretien de ses bois à un bûcheron.

Dès les premières pages du roman, ce bûcheron, Nelso Tabióna, vient justement apporter au comte une information, véritable détonateur d’un conflit qui ne va cesser de s’exacerber de chapitre en chapitre…
« – Tu t’es fait avoir, Duc. Là-haut en Montagne, dans tes bois. Tu t’es fait avoir. »
Neslso a découvert une bande entière de bois coupée à ras. Il a vérifié sur le plan cadastral que cette bande d’une centaine de mètres sur quatre cents mètres de large appartenait pourtant bien au Duc. Les bûcherons qui avaient rasé cette parcelle s’étaient-ils trompés ?

Le comte comprend vite qu’ils ont obéi aux ordres de Mario Fastréda, l’homme le plus puissant du village. Né dans une famille modeste, il est parti au Venezuela. Cinq ans plus tard, il est revenu « au village avec une valise pleine de billets. Il était parti timide et taciturne, il revint imbu de lui-même et pétri d’ambition. Il commença à acheter. Un terrain. Un autre terrain. Une vigne. Des pâturages en montagne. Des bois. Et petit à petit, achetant ceci et cela, mais toujours avec logique et prudence, il se constitua une propriété plus que convenable. Il construisit une première étable. Puis une deuxième. Les deux vaches de son père, peu à peu, devinrent vingt génisses puis soixante, cent, cent cinquante. »
Les villageois étaient admiratifs de « la familiarité de Fastréda avec "les papiers" et de la mansuétude experte avec laquelle il savait avec profit entrer et sortir des bureaux des coopératives, des mairies, des avocats et des géomètres. » Admiratifs et dépendants. Ils avaient tous recours à lui pour les démarches administratives. Il régnait en maître absolu du village.

Si Fastréda a dit aux bûcherons de raser cette parcelle de bois, personne ne viendra contester cette décision. Sauf le Duc, évidemment…
Mais pourquoi Fastréda se lance-t-il dans cette agression caractérisée ? Quel projet a-t-il en tête ? À quatre-vingts ans, que cherche-t-il encore à prouver ?
Fastréda a certes tout le village derrière lui mais le comte n’est pas décidé à fermer les yeux. Se plongeant dans les archives de sa famille, il va remonter dans le temps, redécouvrir l’histoire de ses ancêtres, les droits qu’ils ont acquis et les limites de son domaine. Il n’est pas tout à fait seul, une jeune artiste va venir passer du temps à la villa pour en restaurer les fresques murales. Il peut aussi compter sur Nelso, l’honnête bûcheron qui s’occupe de ses bois.

Le conflit ne va pas cesser de s’amplifier, chacun des deux protagonistes ne manquant pas une occasion d’attaquer son rival, le projet de Fastréda se dévoilant peu à peu et le comte n’hésitant pas à lancer des contre-propositions alléchantes pour les villageois. Un combat de coqs dont l’enjeu n’est pas seulement financier. Les secrets du passé vont alimenter le brasier. Jusqu’où vont-ils aller ?

Matteo Melchiorre réussit là un très beau roman où l’on suit avec un mélange d’empathie et d’irritation cet héritier fortuné renouant avec ses nobles racines face à un vieil homme qui a constitué lui-même peu à peu une situation enviée et qui n’entend pas voir limiter par qui que ce soit son pouvoir, ses ambitions expansionnistes et son désir de domination absolue. Qui peut sortir vainqueur d’un tel duel ?

Serge Cabrol 
(13/05/25)    



Retour
Sommaire
Lectures







Matteo MELCHIORRE, Le Duc
Métailié

(Avril 2025)
488 pages - 23,50 €


Matteo MELCHIORRE, Le Duc
Points

(Août 2026)
456 pages - 10,20 €



Traduit de l’italien par
Anne Echenoz
et
Serge Quadruppani









Matteo Melchiorre,
né en Italie en 1981,
dirige la bibliothèque du musée et des archives historiques de Castelfranco Veneto. Il travaille sur l’histoire économique et sociale du Moyen Âge
et sur l’histoire de la montagne et des forêts.
Le Duc est son premier livre publié en France.