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Tu auras commencé ta carrière littéraire par un essai sur moi, […], et me voilà aujourd’hui amené, sinon contraint, d’écrire un livre sur toi… Et je me souviens très bien qu’interviewé par un journaliste de télévision sur ce que ta personne, ta destinée m’inspiraient aujourd’hui comme sentiment, j’avais répondu : « De la gratitude. » Encore une fois : pas tant pour la défense de mon œuvre à laquelle tu t’étais livrée mais pour la lectrice que tu avais été, en général, et déjà pour l’écrivaine que tu étais occupée de devenir. J’ai aimé dans ce livre, comment Pierre Mertens nous raconte son amitié-amour avec Véronique, si je ne t’ai pas aimé d’amour, tu compteras toujours comme membre du petit nombre de proches qui m’auront aidé à mieux voir. Et privé de toi, c’est un peu comme si me faisait défaut un moyen parmi d’autres d’appréhension du réel. Tu auras joué, sans le savoir, […]le rôle d’une lentille de « contact avec le réel » en mélangeant ses souvenirs avec le présent devenu douloureux, l’actualité chaotique, comment aussi il raconte sa colère, son désespoir devant la mort de son amie, sa rage, son obstination à lui rendre de l’existence surtout pendant ce qu’on a appelé l’affaire Wesphael, du nom du parlementaire Wallon, le mari de Véronique, présent, lui aussi, cette nuit-là, dans la chambre 602 et du procès duquel, Véronique, aux yeux de son ami écrivain et témoin, semblait complètement exclue, effacée, contournée. J’ai aimé la mission que Mertens s’est imposée, abandonnant un livre en cours, devant le verdict de la justice belge qui a parlé de suicide alors que le rapport d’autopsie que l’écrivain partage avec nous montre de manière évidente qu’il y a eu homicide, pour élucider le plus possible la mort de Véronique et lui redonner vie, à travers ce qu’il sait d’elle, les souvenirs de leurs précieuses rencontres, de leurs échanges. J’ai aimé qu’il mêle à son chagrin de vivre désormais sans la présence de Véronique dans le paysage, ses réflexions sur ce que le monde est devenu depuis sa mort, en quelque sorte « à quoi elle a échappé » tout en maniant un style d’une grande élégance, à la fois très classique, très raffiné et surtout très percutant. Pierre Mertens est mort en ayant tenu sa promesse, « rappeler » Véronique Pirotton, lui rendre justice. Sylvie Lansade (11/03/25) |
Sommaire Lectures ![]() Impressions Nouvelles (Janvier 2025) 216 pages - 18 € Version numérique 12,99 €
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