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Monologue pour une actrice C’est dans une loge de la Comédie-Française, lumineuse avec vue sur le Palais-Royal, aux côtés d’une grande actrice ici jamais nommée (mais qui pourrait bien être inspirée la 507e sociétaire intégrée en 2002 et encore en activité dans cette prestigieuse compagnie que l’autrice mentionne en tête du livre) que Bénédicte Nécaille dans Le dernier parfum nous installe. L’autrice, elle-même passée par l’école supérieure d’art dramatique de Strasbourg (TNS), ensuite directrice technique dans divers théâtres parisiens puis directrice déléguée de la salle du Vieux-Colombier pour la Comédie-Française en 2014, connaît bien son sujet. L’actrice-narratrice a pour singularité, outre ses divers rôles listés à la fin du livre, de chercher pour chaque nouveau personnage qu’elle incarne le parfum qu’elle portera non sur sa peau mais sur son costume de scène. À chaque personnage sa personnalité donc son parfum. Je ne reporte jamais le parfum d’un rôle après la dernière représentation. Je le mets là, au cimetière de la mémoire. Il faut dire qu’enfant elle avait longtemps voulu être « Nez » pour créer des parfums avant qu’on lui explique lors de sa scolarité que ce métier peu commun relevait d’un don. C’est ainsi que ne pensant faire partie des élues le possédant la jeune fille avait abandonné son rêve. Plus tard, grâce à la vieille tante Marcelle rejetée par la famille car partie vivre au Congo Belge en abandonnant son fils à sa mère pour suivre celui dont elle est tombée amoureuse, et contre l’avis de sa famille qui aurait préféré la voir exercer un métier manuel sûr et sérieux, elle se dirigera vers le théâtre. La comédienne se livre, raconte ses parfums passés et à travers leurs fragrances se remémore les grands moments de sa carrière. À travers chacun de ses rôles et la senteur choisie, c’est toute une réflexion sur le métier, sur la façon d’appréhender le jeu, la scène, les camarades qui s’exprime ici. Qu’est-ce qu’incarner un être de fiction ? Qui suis-je ? La somme de tous ces parfums que j’ai portés ? Ou l’absence de tout parfum ? Face au parfum, absolu d’absence aux effluves insaisissables, et au caractère provisoire autant qu’éternel des rôles dont la comédienne se saisit, le nez et l’acteur partagent les mêmes doutes et les même émotions quand fortuitement une essence d’être apparaît, un vibration rendue palpable par les mots ou les senteurs. Quand l’actrice regagnant sa loge en Bérénice ouvre un courrier contenant des résultats d’analyse dont elle avait préféré différer la lecture à sa sortie de scène et découvre que sa fin est programmée à courte échéance, elle se met alors en quête de l’ultime parfum, celui de son dernier rôle... Outre une ode au théâtre, à ses rôles et à son métier d’une part et de l’autre son érudition sur les parfums qui confine aussi à la passion, l’actrice du Français évoque aussi dans ce récit intime l’enfance, la famille, la relation amoureuse, le désir, la maternité ou le refus d’enfant, le manque, la résistance et la révolte bref, tout ce qui fait notre humanité avec sensibilité, fantaisie et sincérité, piochant à foison autant dans ses rôles que dans sa vie. Le dernier parfum nous dessine sur le ton de la confidence un magnifique portrait d’actrice au quotidien, une déclaration d’amour émouvante à l’indicible magie du spectacle et nous fait pénétrer dans les profondeurs de l’univers du parfum de manière aussi documentée que sensible. Un premier livre qui étonne et enchante et que l’on aimerait bien voir incarné sur scène. Dominique Baillon Lalande |
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