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Anna PITONIAK


L’incident d’Helsinki


« Ce n’était pas raisonnable de rester dehors sous le soleil brûlant de juillet, à Rome. Semonov faisait les cents pas s’épongeant le front avec un mouchoir depuis longtemps imbibé de sueur. Il aurait dû imiter les Romains, qui échappent à la fournaise estivale en s’arrêtant chez Gioletti pour manger une glace, en s’offrant une sieste dans une chambre aux volets fermés, ou en quittant carrément la ville pour rejoindre les collines de l’Ombrie où souffle une douce brise. Mais Konstantin Nikolaievich Semonov n’était pas là à supplier qu’on le laisse entrer dans l’ambassade américaine, en répétant qu’il avait d’importantes informations à communiquer, parce que c’était quelqu’un de raisonnable. »  Il finira par entrer dans l’ambassade et rencontrera Amanda Margaret Cole alias Clarkson, officiellement attachée à la paisible ambassade américaine de Rome, mais vraiment membre de l’Agence, la CIA, et lui dévoilera que le Sénateur Vogel doit être assassiné au Caire où il doit se rendre. Ce qui aura lieu.

Ainsi commence le subtil roman d’espionnage à plusieurs facettes, une sorte de treillage, une histoire familiale, où apparaissent le père d’Amanda, Charlie Cole, lui aussi membre de l’Agence, longtemps en poste à Helsinki, et sa femme Helen. Histoire d’amour et de divorce.        

Sur ce treillage poussent deux romans d’espionnage. Le premier, avec le père, se passe pendant la guerre froide, les années cinquante et soixante et se déroule « à l’ancienne », un peu à la John Le Carré. L’espion de la CIA est un discret employé de bureau qui fait des dossiers papier tandis que le KGB sème de charmantes espionnes qui travaillent dans une agence de voyage.

L’autre roman d’espionnage se passe de nos jours, dans ce qu’on nomme « la guerre hybride », plus précisément dans le milieu économique, avec l’oligarque Komarovsky, richissime homme d’affaires qui vit aussi bien à Londres qu’aux Etats-Unis avec des voyages à Moscou. Amanda est toujours aux manettes de l’enquête et doit se méfier du FSB et du GRU. Naturellement il y a des taupes des deux côtés et c’est surtout celle qui est au sein de la CIA que cherche à découvrir Amanda…

Dans la treille, les sarments se mélangent à une belle et limpide écriture. Nous passons de l’Italie à la Finlande, de l’Angleterre aux États-Unis ou Russie aisément. C’est un très beau roman que L’Incident d’Helsinki, avec des personnages marquants, de l’employé des passeports du FSB à l’analyste féminine de la CIA. En général les femmes sont les actrices de ce roman. Pas étonnant que le Times et le Washington Post l’aient élu thriller de l’année.

Michel Lansade 
(04/12/25)    



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Noir & polar








Gallimard / Série Noire
(Septembre 2025)
432 pages - 21 €

Version numérique
14,99 €


Traduit de l'anglais
(États-Unis) par
Jean Esch




Anna Pitoniak